Signé César

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Le Théo Théâtre – 20, rue Théodore Deck, 75015 Paris.
Du 16 octobre au 18 décembre 2021 - Tous les samedis à 21 h.
Réservations et renseignement sur le site du Théo Théâtre.

Ren­con­tr­er la per­son­ne à qui l’on écrit des let­tres depuis dix ans réserve bien des surprises…

17 août 1977. Nina doit enfin ren­con­tr­er César, ce garçon à qui elle écrit depuis dix ans. Un cadeau d’anniversaire qu’elle et son entourage n’étaient pas prêts à recevoir…

Notre avis : C’est un tout petit nom. Presque le plus petit sur les affich­es qu’il a fait imprimer. Pour­tant, Thomas Bernier n’est rien de moins désor­mais qu’un auteur-met­teur en scène.
À 27 ans, l’artiste, que beau­coup ont vu sur scène dans Mist­inguett, Grease, Frozen ou Le Tour du monde en 80 jours, a sauté le pas. Pas­sant de la lumière à l’ombre, il a pris la plume et décidé d’écrire sa pre­mière pièce de théâtre, présen­tée depuis le 16 octo­bre au Théo-Théâtre, Signé César. Un réc­it croustil­lant qui plonge le pub­lic en plein cœur d’une famille, un beau matin de l’été 1977, au lende­main de la mort d’Elvis Pres­ley… Ce jour est surtout celui des 24 ans de Nina qui attend fébrile­ment un cadeau pour le moins spé­cial. Elle doit en effet ren­con­tr­er un garçon avec qui elle échange des let­tres depuis dix ans : César. Ils ne se sont jamais vus, jamais par­lé, jamais enten­dus. L’heure est venue de met­tre un vis­age sur une décen­nie de rela­tion épis­to­laire totale­ment secrète.
Dans ce foy­er sans père, où frère et sœur s’entendent comme chien et chat, les anniver­saires répon­dent à un rite min­uté. Mais la future ren­con­tre est dans toutes les têtes… du moins, celles des spec­ta­teurs et de Nina. La jeune fille est anx­ieuse, sa mère sur­voltée, son frère effacé. Seule dans la con­fi­dence, Man­do­line, sa meilleure amie, bal­ance entre curiosité et jalousie. L’excitation monte. C’est alors que l’on frappe à la porte…

La pre­mière œuvre d’un jeune auteur appelle sou­vent de l’indulgence ou des encour­age­ments. L’une et l’autre sont tout sim­ple­ment inutiles ici, tant Signé César est une pièce mer­veilleuse­ment aboutie, for­mi­da­ble de réal­isme et d’émotions.
Oscil­lant habile­ment entre légèreté et grav­ité, ce qua­si-huis clos de 24 heures dans une cel­lule famil­iale en ébul­li­tion cueille les spec­ta­teurs par la force d’un texte aus­si drôle que pro­fond et par ses rebondisse­ments. Car, entre dia­logues de sourds et sen­ti­ments exac­er­bés, les rancœurs vont explos­er, les sen­ti­ments se révéler, et les larmes couler…
Thomas Bernier ne sur­v­ole pas. Il pointe, il souligne, il enfonce. De l’admiration à la jalousie, de l’indifférence aux non-dits, il illus­tre la com­plex­ité des rela­tions humaines entre ces pro­tag­o­nistes liés par le sang, le cœur ou l’âme.
L’écriture est sim­ple mais juste, le réc­it minu­tieuse­ment tra­vail­lé, la mon­tée en puis­sance par­faite­ment maîtrisée et la pres­sion omniprésente. On ne peut s’empêcher de penser à Jaoui-Bacri pour l’humour, à Jean-Luc Lagarce pour la ten­sion, à Danielle Thomp­son pour cette galerie de per­son­nages entremêlés. Et quels per­son­nages ! Signé César est servi par une dis­tri­b­u­tion cinq étoiles. Lucie Riedinger (La Famille Addams, Les Instants volés, Robin des Bois, la légende… ou presque) en mère totale­ment hys­térique de son fils, est irré­sistible. Elle offre un jeu par­ti­c­ulière­ment boulever­sant. Face à elle, l’héroïne du jour, Léna Mée (Nina) tour à tour dure et touchante, se révèle pro­gres­sive­ment au fil du réc­it. Flo­ri­ane Fer­reira (Man­do­line), exubérante à out­rance, incar­ne à mer­veille la meilleure amie pos­ses­sive. Elle a d’ailleurs droit aux répliques les plus drôles de la pièce. Aux côtés de ces car­ac­tères forts, il faut toute la finesse de Bastien Monier et Louis Buis­set pour s’immiscer. Ils y parvi­en­nent sans prob­lème. Men­tion spé­ciale à Bastien Monier pour la justesse de son interprétation.
On ne peut qu’être impres­sion­né par la per­for­mance de cette nou­velle généra­tion, comme par celle de l’auteur qui, en plus de livr­er un texte frap­pant d’authenticité et de matu­rité, maîtrise par­faite­ment le rythme de son réc­it. Ce que l’on pour­rait pren­dre, a pri­ori, pour quelques longueurs trou­ve tou­jours une expli­ca­tion. Si la musique adoucit les mœurs, seuls les mots peu­vent soign­er les blessures.

Assisté sim­ple­ment de Guil­laume Beau­jo­lais à la mise en scène, sans moyens, sans expéri­ence, mais pas sans audace, Thomas Bernier est par­venu à don­ner nais­sance à une comédie dra­ma­tique bril­lante, et Signé César est assuré­ment une pièce à découvrir.
Il fau­dra réim­primer les affich­es : Thomas Bernier est désor­mais un grand nom.

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