Huis clos

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La Folie Théâtre – 6, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris.
Du 26 août au 11 novembre 2023, du jeudi au samedi à 21h30.
Plus d'informations sur le site du théâtre.

Trois per­son­nes se retrou­vent enfer­mées ensem­ble dans une même pièce. Leur présence n’est man­i­feste­ment pas due au hasard… Petit à petit, le regard de l’Autre se mue en miroir insi­dieux où cha­cun est mis face à sa pro­pre mon­stru­osité et ses insup­port­a­bles faib­less­es, brouil­lant ain­si les fron­tières des gen­res et des identités.

Quand les mots ne suff­isent plus, la musique est là, grinçante et lanci­nante, pour exac­er­ber la vio­lence de leurs émotions.

Notre avis : Peut-être n’au­ri­ons-nous pas dû relire la pièce de Jean-Paul Sartre juste avant… Car, même pour ce qui est claire­ment annon­cé comme une adap­ta­tion, le compte n’y est pas et, au jeu des sept erreurs, l’o­rig­i­nal est net­te­ment plus prégnant.

Tout d’abord, pourquoi faire jouer les trois pro­tag­o­nistes de la pièce orig­i­nale – deux femmes et un homme – par trois artistes du sexe opposé en con­ser­vant leurs noms, leurs gen­res, leurs textes ? Il nous a sem­blé que cela faus­sait com­plète­ment leurs rap­ports de dom­i­nance et de pré­da­tion. Ensuite, pourquoi vers­er dans une esthé­tique vague­ment goth­ique alors que, pré­cisé­ment, le texte dit que l’en­fer, ce n’est pas le soufre ni le gril ? Bien sûr, les coupures sont naturelles voire bien­v­enues dans une adap­ta­tion, donc s’af­franchir des divers objets qui peu­plent le décor chez Sartre se com­prend quand on ne nous donne à voir ici que des cubes noirs sur scène, mais pourquoi alors avoir gardé une men­tion à la couleur « vert épinard » du canapé du texte orig­i­nal ? Plus prob­lé­ma­tique, le final nous a paru un con­tre-sens : laiss­er le spec­ta­teur imag­in­er que les pro­tag­o­nistes vont con­tin­uer à s’écharp­er physique­ment alors que, pré­cisé­ment, ils sont déjà morts et que les coups de poings sont sans effet – c’est juste­ment la vio­lence psy­chologique qui est au cœur de l’œuvre.

Dans le théâtre musi­cal, l’in­ser­tion de chan­sons entre par­ties par­lées a fait ses preuves : elles per­me­t­tent d’ex­al­ter, d’am­pli­fi­er les sen­ti­ments et les réac­tions, de se con­fess­er, d’in­vec­tiv­er, de s’in­ter­roger… Et c’est bien le cas ici, mais, en dépit de chan­sons orig­i­nales et du tra­vail évi­dent sur les har­monies, les ambiances et le mélange des voix, il nous a sem­blé que, trop sou­vent, ces pas­sages en musique son­naient comme une red­ite ou une expli­ca­tion de texte.

© Regard en Coulisse

Il est tou­jours agréable d’en­ten­dre et de voir de la musique jouée en direct, surtout lorsque c’est le com­pos­i­teur lui-même qui monte sur scène – et en prof­ite pour repren­dre très par­tielle­ment et dans l’e­sprit seule­ment le bref rôle du Garçon d’é­tage imag­iné par Sartre. Les trois comédien·ne·s s’in­vestis­sent vis­i­ble­ment dans leurs per­son­nages pour en faire sor­tir toute leur noirceur, leur per­ver­sité, réus­sis­sant à créer plusieurs moments de ten­sion pal­pa­ble, mais sans nous con­va­in­cre totale­ment dans la con­ti­nu­ité – peut-être sommes-nous restés blo­qués sur cette his­toire d’in­ver­sion des sexes…

S’at­ta­quer au Huis clos de Sartre, et sa minu­tieuse con­struc­tion tout en crescen­do et en puz­zle – dans une atmo­sphère pesante mais non sans humour –, con­stitue inévitable­ment un défi. L’ap­proche très per­son­nelle du col­lec­tif L’Œuf ou l’Hu­main séduira peut-être celles et ceux qui n’au­ront pas relu la pièce de Jean-Paul Sartre juste avant…

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