I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky

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Théâtre de la Croix-Rousse - Place Joannès-Ambre - 69004 Lyon.
Du 13 au 23 février 2020.
À 20h, sauf le samedi à 19h30 et le dimanche à 15h.
Renseignements et réservations sur le site du Théâtre de la Croix-Rousse.

Sans renier la dimen­sion poli­tique de ses deux précé­dents ouvrages lyriques, Nixon in Chi­na (1985–87) et The Death of Kling­hof­fer (1990–91), John Adams com­bine avec I Was Look­ing at the Ceil­ing and Then I Saw the Sky… le drame social – l’action se situe de nos jours à Los Ange­les, avec sept per­son­nages, tous jeunes et d’origines dif­férentes (Noirs, Blancs, Asi­a­tiques et His­paniques), dont les des­tins vont bas­culer à la suite d’un séisme – et une his­toire d’amour, pro­jetée dans le tour­bil­lon d’une fic­tion romanesque à l’aune de la tra­di­tion européenne.

Notre avis : Avec I Was Look­ing at the Ceil­ing and Then I Saw the Sky, le com­pos­i­teur d’opéras John Adams a con­crétisé son souhait d’ex­plor­er un reg­istre proche de la comédie musi­cale. Une des car­ac­téris­tiques de l’œuvre est d’être dif­fi­cile à rat­tach­er à un genre spé­ci­fique. Pas tout à fait un opéra mod­erne, pas vrai­ment un musi­cal façon Broad­way, le terme d’opéra rock peut don­ner un aperçu syn­thé­tique du for­mat de l’œuvre, la qua­si-total­ité des textes étant chan­tée. Ce spec­ta­cle atyp­ique de John Adams divise d’ailleurs les admi­ra­teurs de l’au­teur de Nixon in Chi­na.

Le titre I Was Look­ing at the Ceil­ing and Then I Saw the Sky (« Je regar­dais au pla­fond et soudain j’ai vu le ciel ») s’in­spire d’une phrase pronon­cée par une habi­tante de Los Ange­les à l’issue du trem­ble­ment de terre de 1994, son toit ayant lit­térale­ment… dis­paru. L’œuvre présente le par­cours de sept jeunes gens peu avant le séisme et l’im­pact que cet événe­ment aura sur leurs vies. Cette ver­sion coréal­isée par l’Opéra de Lyon et par le Théâtre de la Croix-Rousse a été con­fiée au met­teur en scène d’o­rig­ine roumaine Eugen Jebe­leanu. Il signe ici sa pre­mière incur­sion dans le théâtre musi­cal et s’empare de l’œuvre avec un regard cri­tique sur la société actuelle, améri­caine ou non. Les per­son­nages ont des pro­fils dif­férents : his­paniques, afro-améri­cains, homo­sex­uels, coureurs de jupons… Dérives poli­cières, racisme, vio­lences sex­istes, regard sur sa sex­u­al­ité et celle des autres, plusieurs thèmes demeurent d’ac­tu­al­ité vingt-cinq ans après la créa­tion du spec­ta­cle… Pré­cisons toute­fois que, mal­gré les thèmes abor­dés, l’hu­mour et une énergie pos­i­tive sont régulière­ment présents.

L’ar­rivée dans la salle est mar­quante. Le décor prin­ci­pal est struc­turé en deux niveaux. À l’é­tage, trois pièces de couleurs dis­tinctes sont représen­tées : un salon, une cham­bre, des toi­lettes. Ces pièces chang­eront de statut au fil des événe­ments. Au niveau inférieur, l’orchestre est à vue. Deux grands sym­bol­es sont répar­tis de chaque côté de la scène au-dessus de rangées de sièges : à gauche, une croix (et une église), à droite, un dra­peau améri­cain (et un tri­bunal). Cette scéno­gra­phie per­met d’animer de façon dynamique les dif­férents tableaux. Cer­taines tranch­es de vie se déroulent pen­dant l’ac­tion prin­ci­pale et per­me­t­tent d’en décou­vrir un peu plus sur les per­son­nages qui ne chantent pas. L’ac­tion se déplace avec flu­id­ité entre les dif­férentes par­ties de la scène.

Les musi­ciens, en jeans et tee-shirts, jouent une par­ti­tion oscil­lant entre dif­férents reg­istres, dont la soul, la pop, le jazz, les bal­lades. Cette var­iété a de quoi décon­cert­er ceux qui seraient en quête d’un opéra, mais elle a égale­ment de quoi séduire ceux qui appré­cient d’autres gen­res. Le son des gui­tares, syn­thé­tiseurs, per­cus­sions et instru­ments à vent résonne agréable­ment dans le cadre d’une presta­tion live. Les jeunes inter­prètes engagés cette sai­son dans le Stu­dio de l’Opéra de Lyon s’at­taque­nt avec suc­cès à un reg­istre plutôt inhab­ituel pour eux. Très rapi­de­ment, ils démon­trent qu’ils savent adapter leur chant et leur jeu, et c’est un plaisir d’en­ten­dre sur scène les titres créés par John Adams pour cette œuvre. C’est notam­ment le cas dans les chan­sons chan­tées en har­monie à plusieurs voix comme l’en­tê­tante chan­son-titre ou encore le drôle et coquin « Song About the Bad Boys and the News » inter­prété par le trio de per­son­nages féminins.

L’ac­cueil chaleureux accordé par le pub­lic lyon­nais à cette œuvre orig­i­nale peu con­nue du grand pub­lic est une récom­pense méritée par l’ensem­ble de la troupe.

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