Jack, l’éventreur de Whitechapel (Critique)

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Un spec­ta­cle de : Guil­laume Bouchède & Jean Fran­co
Musique : Michel Frantz
Mise en scène : Samuel Sené
Direc­tion musi­cale : Julien Mouchel
Créa­tions visuelles : Harold Simon
Cos­tumes : Zoé Imbert
Choré­gra­phies : Amélie Fou­bert
Lumières : Alexan­dre Decain
Pro­duc­tion : Musidra­ma

Avec : Lau­ra Ben­si­mon, Mar­i­on Cador, Julie Costan­za, Jean-Bap­tiste Darosey, Mad­line Mar­baix, Alexan­dre Jérôme, Rachel Pig­not, Angélique Rivoux, San­drine Seu­bille, Harold Simon

Lon­dres 1888.
Des crimes odieux per­pétrés sur des pros­ti­tuées du quarti­er de Whitechapel défraient la chronique.
L’in­specteur Abber­line et son adjoint Morty voient se suc­céder de nom­breux sus­pects sans jamais offrir une cer­ti­tude sur l’i­den­tité de ce mon­stre san­guinaire.
Quand un Améri­cain s’in­stalle dans le quarti­er et tombe amoureux d’une « mal­heureuse », comme on les appelle, idylle et sus­pi­cion ne font pas bon ménage.
Venez revivre cette enquête au tra­vers de ce spec­ta­cle musi­cal, mêlant faits réels et his­toire d’amour pas­sion­née.
Qui est vrai­ment Jack l’éven­treur, le meur­tri­er le plus célèbre de tous les temps ? Qui sait, peut-être saurez-vous désign­er le coupable.

Notre avis : Impos­si­ble de compter le nom­bre de romans, de films que le mys­tère autour de cet assas­sin ter­ri­ble a inspiré. Ce riche sujet per­met de son­der les tré­fonds de l’âme humaine, faire une analyse poli­tique acerbe, par exem­ple. Pre­mier musi­cal français à s’intéresser à ce meur­tri­er, le résul­tat, fruit d’un tra­vail con­certé et bien pen­sé, mérite d’être décou­vert au Théâtre Trévise. Trois musi­ciens inter­prè­tent une par­ti­tion de Michel Frantz qui donne une belle aura de mys­tère lugubre. Le livret met en présence de nom­breux per­son­nages : les futures vic­times, le tueur masqué, un améri­cain étrange et, bien enten­du, l’enquêteur flan­qué de son sub­or­don­né.
Il faut, à ce stade, attir­er l’attention sur la scéno­gra­phie. La trace san­guino­lente présente sur l’affiche rap­pelle les atroc­ités com­mis­es par le meur­tri­er. L’un des défis con­siste à les traduire. Grand guig­nol ? Pas ici. Plutôt un très joli tra­vail de pro­jec­tion qui offre à cha­cune des vic­times un temps pour mourir, face au pub­lic, en inter­pré­tant une ultime chan­son. L’effet saisit, c’est réus­si. Il en va de même des cos­tumes inven­tifs, tail­lés dans des tis­sus imprimés aux gros titres de la presse, presse qui tint un rôle impor­tant puisque relais idéal de ces affaires crim­inelles. Tout cela par­ticipe de la réus­site du spec­ta­cle, servi par des comédies aguer­ris. Peut-être, au vu de la qual­ité de l’ensemble, pour­rait-on se pass­er du jeu un rien hys­térique de Julie Costan­za en Morty (la comé­di­enne sem­ble dis­pos­er de nom­breuses cordes à son arc, inutile de faire vibr­er celle-ci). La fin du spec­ta­cle, qui tend à don­ner l’identité du coupable, peut aus­si prêter le flanc à la cri­tique. En effet, la dimen­sion sym­bol­ique de cette affaire, qui fut peut être per­pétrée par plus d’un crim­inel, l’emporte large­ment sur l’anecdotique. Mais que ces réserves ne vous empêchent pas d’aller vis­iter cette vision per­son­nelle et orig­i­nale des bas fonds de Whitechapel et saluer comme il le mérite le tra­vail de toute la troupe.