La Légende de Monte-Cristo, le musical

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Dôme de Paris – 75015, Paris.
Du 29 janvier au 5 février 2026. En tournée dans toute la France
Renseignements sur le site officiel du spectacle.

1815, Edmond Dantès, jeune capitaine, est victime d’une machination et est injustement emprisonné au soir de ses fiançailles avec la belle Mercédès, dans les geôles du château d'If au large de Marseille. Après quatorze années de captivité, il parvient à s'échapper et l’aventure le conduit au trésor caché de l'île de Monte-Cristo. Il entame une nouvelle vie sous le nom du Comte de Monte-Cristo. Devenu riche et puissant mais ayant perdu l’amour de sa vie, Dantès est bien déterminé à assouvir sa vengeance en faisant payer ceux qui l'ont envoyé en prison…

Notre avis (représentation du jeudi 5 février 2026) : Aussi improbable que cela puisse paraître, Monte-Cristo aura eu donc droit, en ce février 2026, à deux spectacles musicaux à Paris. Même si leurs créateurs s'en défendent, le triomphe du récent film – avec ses dix millions d'entrées – n’y est sûrement pas étranger… Mais qu’importe.

Autant le dire d'emblée, La Légende de Monte-Cristo, le musical ne connaîtra peut-être pas le même succès que le long-métrage...  Si le spectacle – présenté ce soir-là dans un Dôme de Paris (ex-Palais des Sports) seulement rempli au deux tiers – offre indéniablement une mise en scène impressionnante, dotée d’effets formidablement réussis et d'une superbe scénographie, la partie musicale n’est clairement pas du même niveau. Loin de là.

Inutile de revenir sur le récit, chacun a en tête la fameuse vengeance d'Edmond Dantès, de retour après avoir été enfermé quatorze années au château d'If.

Mais quel dommage, lorsque tant de moyens visuels et techniques sont réunis, qu’une distribution – composée pour la plupart de nouveaux talents – assure vocalement, et qu’une mise en scène efficace parvient à fluidifier l'œuvre colossale de Dumas, de ponctuer le show par d’improbables titres pop, rock, voire électro, et une bande-son aux accents synthétiques, doublée de chorégraphies répétitives et sans intérêt…

Oui, quel dommage ! car le spectacle possède tous les ingrédients d’un show visuellement magnifique. De vastes projections animées composent un immense décor, à la fois réaliste et poétique : du port de Marseille au salon d’Auteuil,  de la grotte au trésor à la salle de bal, les ambiances et les couleurs sont envoûtantes, le public est embarqué, le monde de Dumas prend vie.

Une scénographie astucieuse et des décors mobiles permettent une extrême rapidité dans les changements de lieu et d’atmosphère, comme on tourne les pages du livre : en un clin d’œil, le jardin d’Auteuil se transforme en salle à manger, le soleil filtre à travers les fenêtres du bureau de Villefort, la robe de Mercédès devient gigantesque toile de voile... Quant à l'évasion du château d'If et le plongeon de Dantès dans les eaux profondes, c'est sans doute l'un des beaux moments du spectacle, avec un ballet féerique et émouvant parmi les remous.

Sous une structure circulaire mobile suspendue, à la fois décor et rampe de lumière, défilent donc les aventures d'Edmond Dantès, son enfermement et son retour à Marseille. Le récit avance et les années passent, grâce notamment à un astucieux dédoublement de la scène, mettant en parallèle le héros dans son cachot, et la nouvelle vie de ceux qui l'ont trahi, avant que ne surgisse dans leur existence le fameux Comte de Monte-Cristo et que leur destin bascule.

Dans les chatoyants costumes de Jean-Daniel Vuillermoz (Les Misérables, Molière), tous ces personnages sont brillamment incarnés par une dizaine de jeunes talents – quasiment inconnus de la comédie musicale, osons le dire, mais aux voix irréprochables. Parmi eux, citons notamment Philippine Lavrey (Mercédès) dont le timbre légèrement voilé ajoute un charme supplémentaire, Marianne Orlowski (Hermine Danglars), Matthieu Brugot (Villefort) ou encore Axel Osange (Cavalcanti, vu dans Je vais t’aimer). Ils volent clairement la vedette à Gjon's Tears (Dantès / Monte-Cristo) qui manque totalement de charisme.

Si de très (trop ?) nombreux raccourcis sont faits dans le récit, et de très grandes libertés sont prises (et assumées)... on déplorera l’absence de tout suspense dans l’intrigue et de toute émotion dans le jeu. De l’attente de Mercédès à son face à face avec Monte-Cristo, de la souffrance du héros à son désir de vengeance, les sentiments ne sont pas là. On guette un désespoir, un bonheur, une rage… en vain. On voudrait s’attacher à Dantès, détester les traitres, sentir la dramaturgie, on ne récolte que des titres électro ou pop-rock aux paroles faciles et aux rimes évidentes. Et c’est bien là la véritable déception de cette Légende : des chansons oscillant entre le tube pop, la musique électro et la ballade un peu datée… Manquant d’ailleurs de cohérences musicalement, comme de contenu, « Où est mon amour ? », « Vous aimer », « L’Éclat de nous », « Je pense à nous »… les titres, interprétés sur une bande-son qu’on devine synthétique, semblent venir combler un livret faible et ne resteront pas dans les mémoires.

Restent les chorégraphies, que l’on dirait pour certaines empruntées à Lady Gaga (pour qui Nicolas Huchard a travaillé). Elles sont assez répétitives et, malgré un talent indéniable des danseurs, parfois sans intérêt...

Alexandre Dumas, qui prend vie sur un écran géant par la magie de l’intelligence artificielle, doit s’amuser de voir son chef-d’œuvre remis au goût du jour.
Si la jeune génération peut, grâce à cette Légende, se replonger dans le livre, découvrir et dévorer ce monument de la littérature, on en saura gré aux créateurs, dont on ne sait si le spectacle restera dans l'histoire...

2 Commentaires

  1. curieux ;-), j’ai cru un instant que vous parliez du Monte Cristo concurrent des Folies Bergères… même constat : scénographie impressionnante, jeux des comédiens et danses au couteau, mais une musique (enregistrée) qui ne m’a pas laissée de trace… dommage !

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