Seras-tu là ?

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Le Monfort – Parc Georges Brassens – 106, rue Brancion, 75015 Paris.
Durée estimée : 1h20.
Représentations professionnelles du 2 au 6 février 2021 à 15h.
Création publique en juillet 2021 aux Plateaux Sauvages – Paris, dans le cadre du festival Paris l’Été.

Avec Seras-tu là ?, le comédien Solal Bouloud­nine nous plonge dans l’univers d’un enfant des années 90 qui réalise, comme tous les enfants avant et après lui, que tout a une fin, à com­mencer par la vie. Nous tra­ver­sons avec lui une vie marquée par l’angoisse de la fin, dans une comédie touchante et ver­tig­ineuse.

Une bouchère bour­guignonne, un chirurgien facétieux, un rab­bin plein d’histoires, une maîtresse en burn out, France Gall… À tra­vers une galerie de per­son­nages un peu fous et au son des chan­son de Michel Berg­er, on rit avec Solal Bouloud­nine de l’atrocité du can­cer, des mal­adies vénériennes et car­dio-vas­cu­laires, gas­triques aus­si, et cérébrales, de la soli­tude qui le ronge ter­ri­ble­ment, de l’incommunicabilité entre les êtres, de l’enfance insou­ciante et naïve qui s’en est allée à jamais, viciée par les assauts du monde insur­montable, injuste et cru­el.

Seras-tu là ? est un spec­ta­cle de variété qui se vit comme une chan­son épique, ou l’inverse. C’est un mer­cre­di après‑midi entre copains dans une cham­bre d’enfant où les jou­ets activent les his­toires les plus folles.

Notre avis : Dif­fi­cile d’écrire une cri­tique de nos jours. Dif­fi­cile d’écrire sur un spec­ta­cle alors que le pub­lic n’est tou­jours pas admis en salle de théâtre. Dif­fi­cile en ces temps de pandémie de se laiss­er séduire par un pitch qui, dès le pre­mier para­graphe, nous par­le d’« angoisse » et de « fin ». Pour­tant, ce qu’il faut bien retenir de ce début de résumé c’est le mot « comédie ». « Touchante et ver­tig­ineuse », elle l’est, et bien que tous les maux men­tion­nés dans le sec­ond para­graphe (« l’atrocité́ du can­cer, des mal­adies vénériennes et car­dio-vas­cu­laires, gas­triques aus­si, et cérébrales, de la soli­tude qui le ronge ter­ri­ble­ment, de l’incommunicabilité entre les êtres, de l’enfance insou­ciante et naïve qui s’en est allée à jamais, viciée par les assauts du monde insur­montable, injuste et cru­el ») soient exploités sur scène, le parterre de jour­nal­istes et de pro­fes­sion­nels ne cesse de rire ce jour-là.

Le 5 févri­er dernier, nous avons eu la chance de décou­vrir le tra­vail de Solal Bouloud­nine, Maxime Miko­la­jczak et Olivi­er Veil­lon au Mon­fort – accueil­lis dans la cabane, plus intimiste que la grande salle. La scène est maquil­lée en cham­bre d’enfant où des références à la cul­ture pop des années 90 sont égrainées (auto­col­lants de Ghost­buster, de Ram­bo, des Tortues Nin­ja ou encore de Juras­sic Park). L’ambiance lumineuse est dis­til­lée de petits points éclairés comme un vieil aquar­i­um rec­tan­gu­laire ou un globe ter­restre qui font office de veilleuses. Nous réal­isons alors le soin apporté au choix de chaque élé­ment de scéno­gra­phie qui, à pre­mière vue, pour­rait paraître sim­ple­ment désor­don­née. Une vraie cham­bre d’enfant finale­ment !

Le spec­ta­cle s’ouvre sur un reportage de France 3 daté du jour de la mort de Michel Berg­er. Élé­ment déclencheur chez notre per­son­nage prin­ci­pal, âgé à ce moment-là de 6 ans, 11 mois et 20 jours. Il se rend immé­di­ate­ment compte que tout a une fin, et développe alors une obses­sion angois­sante autour de la fini­tude, et une autre plus douce pour Michel Berg­er. Il nous pro­pose d’utiliser ses chan­sons comme des remèdes à ses – à nos – angoiss­es. Le comé­di­en trans­forme le réc­it ultra per­son­nel de sa vie en un réc­it en lequel nous pou­vons tous nous iden­ti­fi­er.

Solal Bouloud­nine nous offre un spec­ta­cle abouti, ultra con­stru­it et pour­tant volon­taire­ment décon­stru­it. Se jouant des sché­mas nar­rat­ifs pour sur­mon­ter son angoisse de la fin, il décide d’ouvrir le spec­ta­cle par sa fin. Il est ensuite con­traint de rem­bobin­er sa pièce, geste auquel la jeunesse des années 90 était bien habituée.

Une heure et vingt min­utes durant, le pub­lic ren­tre dans l’intimité du comé­di­en, se laisse racon­ter une vie illus­trée par de nom­breuses scénettes. Sou­vent Solal nous quitte pour inter­préter tour à tour son père chirurgien, sa mère juive, une bouchère de vil­lage… Emprun­tant aux dynamiques du stand-up (inter­ac­tions et adress­es directes au pub­lic, obser­va­tions sur l’actualité…), il relève le défi de jouer seul mais de nous présen­ter une mul­ti­tude de per­son­nages, de facettes et de con­trastes. Bien sûr, ce spec­ta­cle n’est pas seule­ment comique, et, comme les paroles d’une chan­son de Michel Berg­er, il résonne dans nos ques­tion­nements intimes.

Et comme dirait ce dernier, alors que le monde est stone, qu’on n’ar­rive plus à décider le faux du vrai, il est grand temps de pou­voir s’écrier qu’ça bal­ance à nou­veau à Paris ! Ain­si, la réponse à la ques­tion titre n’est nulle­ment dis­cutable, il fau­dra être là lors de la réou­ver­ture des théâtres !

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