Avignon Off 2017 — Quand la guerre sera finie (Critique)

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Livret et paroles : Marie-Céline Lachaud
Musique : Nicholas Skil­beck
Interprète(s) : Marie Oppert, Arnaud Denis­sel, Cloé Hor­ry, Julien Mior, Sophie Del­mas, Olivi­er Rui­dav­et, Edouard Thiébaut, Matthieu Bru­got, Karim Med­je­beur
Met­teur en Scène : Christophe Luthringer
Scéno­graphe-cos­tu­mière : Char­lotte Viller­met
Assis­tante mise en scène : Sophie Tirou­fle

Résumé : En 1942, entre le cabaret de la Rose noire à Paris et la gare de Saint Dizier, six per­son­nages que rien ne des­ti­nait à se ren­con­tr­er se retrou­vent mêlés au sab­o­tage d’un train alle­mand.
Lucile, jeune secré­taire au Ban­hof, Eti­enne, fils mal aimé et provo­ca­teur, Nini, chanteuse de Cabaret, Fan­fan, garag­iste pétain­iste, Gilbert, cheminot com­mu­niste, Rupert offici­er alle­mand et Norah agent gaulliste, vont se crois­er, s’aimer, se déchir­er, se trahir pen­dant que Gaby le fac­teur fait voy­ager des saucis­sons dans des étu­is à vio­lon.
Cer­tains mour­ront, d’autres en sor­tiront gran­dis.
L’époque est som­bre, les héros pas for­cé­ment ceux que l’on croit.
Une auteure française et un com­pos­i­teur anglais ont eu envie de con­juguer leurs univers artis­tiques pour nous racon­ter l’histoire de ces per­son­nages ordi­naires embar­qués dans une his­toire qui les dépasse. Le style sin­guli­er, à la fois intimiste et épique, se dégage de cette œuvre où les mots lais­sent la place à la musique quand ils ne suff­isent plus à traduire les émo­tions con­tra­dic­toires vécues dans cette péri­ode boulever­sante de notre his­toire.

Notre avis : Après divers­es lec­tures au cours de ces dernières années, c’est à Avi­gnon, dans une petite salle du Nou­veau Ring, que nous décou­vrons (enfin) la pre­mière ver­sion scénique de ce musi­cal. ​

Julien Mior & Cloé Hor­ry

La dis­tri­b­u­tion, impres­sion­nante, regroupe des artistes habitués des scènes musi­cales parisi­ennes comme Marie Oppert (Les Para­pluies de Cher­bourg, The Sound of Music), Arnaud Denis­sel (Ivo Livi), Sophie Del­mas (Mam­ma Mia !, Le Magi­cien d’Oz), Edouard Thiébaut (La Poupée Sanglante, Hair­spray) ou encore Julien Mior (La Petite Fille aux allumettes, La Belle et la Bête). C’est sur une scène som­bre, au décor min­i­mal­iste mais astu­cieux, que s’ou­vre l’his­toire. Seuls quelques pro­jecteurs ani­ment le réc­it, et on décou­vre un à un les per­son­nages, aux hori­zons et aux préoc­cu­pa­tions var­iés, par­fois opposés. Très vite, les des­tins s’en­tre­croisent et on plonge dans l’at­mo­sphère lugubre et cloi­son­née de la France de 1942, et celle de la résis­tance où tout peut bas­culer d’un moment à l’autre.

Accom­pa­g­nés d’un seul piano, les per­son­nages se ren­con­trent, lut­tent, se ques­tion­nent, s’ai­ment, sur les rythmes de chan­sons sou­vent émou­vantes et par­fois légères, à l’im­age d’un numéro hila­rant où la chanteuse de cabaret, Nini, (Sophie Del­mas) se retrou­ve accom­pa­g­née des comé­di­ens mas­culins grimés en danseuses. Les influ­ences anglo-sax­onnes du com­pos­i­teur Nicholas Skil­beck, directeur musi­cal de nom­breuses comédies musi­cales à Lon­dres, se ressen­tent et don­nent un résul­tat d’ex­cep­tion. Les comé­di­ens excel­lent et créent un ensem­ble de per­son­nages très humains, impar­faits et imprévis­i­bles, auquel on se lie aisé­ment. A tra­vers ce réc­it érein­tant mais plein d’e­spoir, le musi­cal émeut par sa bru­tale sim­plic­ité et on ne peut qu’en ressor­tir sec­oué.

Matthieu Bru­got & Marie Oppert