On se souvient d'elle pour sa voix éraillée et une poignée de tubes entêtants. La chanteuse galloise Bonnie Tyler s'est éteinte à l'âge de 75 ans en nous laissant plusieurs souvenirs marquants.
En 1977 sortait le single « Lost in France». On ne sait pas très bien pourquoi la demoiselle d'alors 25 ans avait choisi de se perdre dans notre beau pays. Les paroles ne nous renseignent pas plus : hormis une vague mention à des « vignes débordantes » (And the vines were overflowing), elles évitent le cliché. Cela dit, on ne sait pas trop quoi penser du clip tourné dans un château (mais on n'est visiblement pas à celui de Chambord !) qui fait de surcroît la publicité des bières Pousset :
L'année suivante, Bonnie Tyler sort « It's a Heartache », un succès indiscutable qui s'inscrit aux hit-parades de nombreux pays. Son timbre rauque devient alors sa signature – plutôt que d'autres raisons parfois invoquées non sans médisance, ce grain aux allures de rocaille serait la conséquence d'une convalescence mal menée après une opération des cordes vocales.
En 1984, « Holding Out for a Hero » ne passe pas inaperçu, y compris en dehors du film Footloose, pour lequel la chanson est créée et qui inspirera une comédie musicale du même non – mais avec des numéros musicaux sans rapport.
En 1986, « If You Were a Woman (and I Was a Man) » la propulse à nouveau sur les sommets des charts et pose incidemment une question cruciale aux hommes : « Si tu étais une femme et moi un homme, serait-il si difficile de comprendre qu'un cœur est un cœur et que nous faisons ce que nous pouvons ? »
Mais si nous avons choisi de rendre hommage dans nos colonnes à Bonnie Tyler, c'est pour évoquer « Total Eclipse of the Heart », le plus gros succès de sa carrière. Produit et écrit par Jim Steinman, le single sorti en 1983 hante rapidement les auditeurs, notamment par sa lancinante injonction « Turn around » – lancée en boucle par, on ne cite jamais son nom, le chanteur canadien Rory Rodd, et, semble-t-il, ressuscitée de sa toute première comédie musicale, composée à l'université : The Dream Engine.
Les paroles de « Total Eclipse of the Heart » accumulent des adjectifs dénotant une dépression caractérisée (lonely, tired, nervous, terrified, restless, helpless, angry) et font allusion à un amour passé devenu désormais une ombre éternellement posée sur le cœur. La progression de la litanie trouve sa résolution dans le titre de la chanson, qui n'arrive que dans la strophe finale, comme un épilogue ou une épitaphe.
L'éternité commence ce soir.
Il fut un temps où je suis tombée amoureuse mais maintenant je tombe en morceaux. Il n'y a rien que je puisse faire.
Autrefois il y avait de la lumière dans ma vie mais maintenant il y a seulement l'amour dans l'obscurité.
Éclipse totale du cœur.
Cette atmosphère gothique conduit le compositeur Jim Steinman à réutiliser, ainsi que d'autres titres de son cru, «Total Eclipse of the Heart » dans la comédie musicale Le Bal des vampires (Tanz der Vampire), dont Michael Kunze signe les paroles (en allemand) et le livret d'après le film éponyme de Roman Polanski sorti en 1967. Le spectacle est créée en 1997 à Vienne et tourne avec succès, essentiellement en Autriche et en Allemagne.
Stage Entertainment programme l'œuvre au Théâtre Mogador pour la saison 2014-2015. Roman Polanski retravaille sa mise en scène, Denis Callahan élabore les chorégraphies, et Nicolas Nebot et Ludovic-Alexandre Vidal signent l'adaptation française. Dans les rôles principaux : Stéphane Métro, Rafaëlle Cohen (Wonderful Town à l'Opéra de Toulon), David Alexis (Les Misérables au Châtelet, La Petite Boutique des horreurs au Théâtre Saint-Martin), Daniele Carta Mantiglia, Pierre Samuel (dernièrement applaudi dans Chicago au Casino de Paris), Solange Milhaud, Moniek Boersma, Sinan Bertrand (récemment vu dans Putting It Together à Toulon), Guillaume Geoffroy.
C'est un euphémisme de souligner que nous n'avions adhéré ni à l'œuvre ni à sa représentation sur scène. Mais certain.e.s voudront en avoir le cœur éclipsé net ; quelques extraits sont à leur disposition :
« Longue est la nuit »
« La Logique et la Science »
Pour en revenir à « Total Eclipse of the Heart » qui est, on l'aura compris, la raison de cet article, notons sa reprise en 2003, dans une version bilingue en duo avec la chanteuse française Kareen Antonn. Cette fois-ci, c'est Bonnie elle-même qui se charge du gimmick, et en français s'il vous plaît – et avec une pointe d'accent – pour devenir : « Je tourne en rond. »

























