Paris accueille les premiers orchestres de tango dans le quartier de Montparnasse dès 1920... Les « muses françaises » habiteront l’imaginaire des compositeurs argentins. Depuis, des dizaines d’artistes exilés écrivent les meilleures pages de la secrète correspondance qui réunit les deux capitales : Buenos Aires, berceau du tango, et Paris, terre d’exil.
Le mot du metteur en scène : Je me souviens marchant d’un pas ferme à coté de mon père dans les rues de San Telmo, l’un des plus vieux quartiers de Buenos Aires aux bords du Río de la Plata. Nous allions VOIR le tango. Je me souviens de l’importance pour nous de ce rituel, même si j’avais à peine dix ans, les vendredis soir après la semaine de travail. Je me souviens du Viejo Almacén où jouaient les plus réputés musiciens et chanteurs de la ville. Et ça dansait. Je me souviens de mon père ému devant Roberto Goyeneche « le Polonais », l’un de plus grands interprètes de tango de tous les temps. Mon père tient ma main dans la sienne, et me dit : « Écoute ça. ». Et je sais déjà que le regard de mon père, sa voix émue, resteront un souvenir intarissable gravé dans mon âme.
Aujourd’hui, plus de trente ans me séparent de Buenos Aires – je me retrouve avec étonnement faisant partie des Argentins de Paris ! Et pourtant cette ville, son nom, continue d’exercer un étrange pouvoir sur moi. La ville de Buenos Aires est faite d’un mélange singulier de cultures éparses, radicales, génialement entremêlées... L’accent de sa langue, l’architecture de ses rues, ses visages, traduisent le projet d’une petite Europe du début du XXe siècle, au moment où des milliers de prolétaires arrivaient dans son port, avec comme seul bagage l’utopie de leurs rêves. Un paysage où il était permis d’entrer et de rester. Aujourd’hui, à Paris, la nostalgie de cette ville nous guette au quotidien, est-ce que parce que là-bas nous sommes tous nés dans l’exil de quelqu’un ?
Ce spectacle est un hommage à tous ceux et celles qui ont su traduire en musique, en littérature, en images, l’âme déchirante de cette ville magnifique, tragique et géniale.
Il est composé de chansons et écrits épars comme autant de lettres envoyées à un destinataire inconnu, qui tenteront, la durée d’un soir, de nous emmener au plus près de cette mystérieuse Buenos Aires.
Marcial Di Fonzo Bo

Notre avis (représentation du jeudi 25 juin 2026) : Pour Marcial Di Fonzo Bo, Buenos Aires et Paris sont liés par une histoire d’amour, un coup de foudre. De nombreux exilés argentins sont venus se réfugier à Paris à la fin du XIXe siècle, emmenant avec eux la nostalgie de leur pays, que le tango traduit si bien. La voix de Rodolfo de Souza nous embarque dans un magnifique voyage à travers les textes de Copi, Horacio Ferrer, Eladia Blázquez... Les images de Nicolas Mesdom nous font déambuler dans les rues de la capitale argentine à la nuit tombante. Grâce à eux, tous les souvenirs mélancoliques de ces artistes argentins nous parviennent.
Et puis la musique résonne, le rythme ensorcelant du tango nous emporte ! La voix suave de Antonela Alfonso nous cueille et six danseuses et danseurs apparaissent au travers d’un rideau de fils scintillants...
La chaleur dans le théâtre nous transporte aisément dans une milonga porteña et nous sommes subjugués par la virtuosité des interprètes. Les corps chaloupent, tournoient, se courbent, les jambes s’enlacent et se croisent... Ce sont de véritables athlètes qui exécutent les magnifiques chorégraphies de Mauro Caiazza. Et grâce à la virtuosité des trois musiciens, nous succombons aux musique d’Astor Piazzolla, Patricio Bonfiglio, Philippe Cohen Solal...
Ce spectacle nous entraîne et nous donne envie de danser. Les spectateurs, invités à la fin du spectacle par les artistes à les rejoindre sur scène, ne se font pas prier.


























