Hello, Patrick Niedo !

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Patrick Niedo © DR

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Mon pre­mier livre : His­toires de comédies musi­cales s’adressait plutôt à des lecteurs ayant déjà une con­nais­sance du sujet. Ma moti­va­tion pour ce nou­v­el opus était de faire un livre tout pub­lic, bâti de manière chronologique, où l’on abor­de sans les sur­v­ol­er dif­férents aspects de l’histoire de la comédie musi­cale améri­caine. Je devais être syn­thé­tique. Si le lecteur le désire, il peut les appro­fondir en lisant le pre­mier livre bâti, lui, sur une struc­ture thé­ma­tique. C’était une idée de mon édi­teur pour me restrein­dre, sinon j’aurais pu en écrire 1000 pages ! Des gens m’ont con­tac­té via Face­book pour me dire qu’ils par­taient à New York et ont par con­séquent acheté mon livre, j’en suis très con­tent. Il faut dire que ce livre par­le beau­coup de cette ville, indé­ni­able­ment attachée à la comédie musi­cale améri­caine. Ce que j’aimerais bien ce serait de voir un pas­sager lisant mon livre dans un vol pour New York et me présen­ter. Cela me ferait telle­ment plaisir ! On m’a beau­coup reproché la lour­deur de mon pre­mier livre, trois kilos, avec en plus le for­mat ital­ien. Alors avec celui là, plus d’excuse. Il est tout à fait pos­si­ble de le lire dans le métro. Il se lit comme un roman, j’ai apporté un soin par­ti­c­uli­er au style.

D’où vous vient cet amour pour la comédie musi­cale ?
Cela ne remonte pas à mon enfance, mais à mon pre­mier séjour aux Etats-Unis en 1981 quand j’ai fait mon bac améri­cain. J’étais hébergé dans une famille de musi­ciens qui habitait dans la ban­lieue de New York. Ils m’ont emmené tout de suite à Broad­way. C’était pour voir non pas un « musi­cal » typ­ique­ment améri­cain, mais The Pirates of Pen­zace une opérette des anglais Gilbert et Sul­li­van. Je débar­quais d’Arpajon, je n’avais jamais vu de spec­ta­cles musi­caux. Cette soirée au Min­skoff The­atre m’a ébahi à tel point que je suis mon­té sur la scène après le départ des spec­ta­teurs. Le tech­ni­cien chargé de bal­ay­er m’a demandé ce que je fai­sais là, je lui ai répon­du que je voulais voir quelle sen­sa­tion cela procu­rait d’être sur une scène à Broad­way. Ca l’a amusé, il m’a lais­sé, j’ai pris quelques pho­tos, que je n’ai jamais retrou­vées et suis par­ti. Et comme je fai­sais mes études dans la ban­lieue de New York, mon lycée nous a per­mis de voir divers spec­ta­cles, le Christ­mas Spec­tac­u­lar au Radio City Music Hall, Dancin’, Dream­girls. Mon amour vient de là.
En out­re ma famille, dev­enue ma famille d’adoption, pos­sé­dait un piano à queue dans le salon, cer­taines soirées étaient con­sacrées à chanter des chan­sons de Broad­way. Un autre fait est mar­quant : cette famille juive m’a emmené dans une syn­a­gogue, le Tem­ple Shalom, où l’on chan­tait et on dan­sait beau­coup. Je m’y suis plu immé­di­ate­ment. J’avais appris les chan­sons en yid­dish avec notam­ment ma sœur d’adoption et me suis retrou­vé accep­té comme athée : tout le monde chan­tait et dan­sait avec moi. Pour moi, ce fut peut être qua­si­ment aus­si impor­tant que pénétr­er dans le monde de la comédie musi­cale.
A cette époque, j’ai égale­ment décou­vert la danse, que je pra­ti­quais déjà en ama­teur dans ma ban­lieue parisi­enne. Mais rien à voir avec cette classe : mes pro­fesseurs avaient dan­sé à Broad­way. Ce n’était pas pro­fes­sion­nel, mais cela m’a don­né beau­coup d’idées et d’envies. J’ai amassé énor­mé­ment de choses, par exem­ple des arti­cles du New York Times, des mag­a­zines, etc… J’ai amassé les Play­bill, que j’avais sou­vent en qua­tre exem­plaires : c’est devenu mal­adif pour moi. Je savais incon­sciem­ment que j’en ferais quelque chose… Il con­te­naient telle­ment d’interviews. Je peux faire un grand mur de Play­bill ! Désor­mais ils sont rangés dans des boîtes. Par exem­ple un exem­plaire du Play­bill de West Side Sto­ry se trou­ve dans la boîte Sond­heim, un autre dans la boîte Rob­bins.

Et durant votre sec­ond séjour ?
C’est au bout de mon deux­ième séjour à New York en 1984 que Broad­way a pris une réelle impor­tance pour moi. J’ignorais ce qu’allait devenir ma vie. Mes par­ents améri­cains, en 1984, m’ont offert Cats et La cage aux folles, nous y sommes allés ensem­ble. Les années suiv­antes, quand j’ai com­mencé à pren­dre des cours au Broad­way Dance Cen­ter avec Frank Hatch­ett, ma mère améri­caine me pre­nait tout le temps des bil­lets, me per­me­t­tant de voir A Cho­rus Line, Gyp­sy avec Tyne Daly, à mes yeux la plus belle ver­sion de ce musi­cal. Depuis dix ans c’est moi qui les invite… Juste retour des choses. Ils ont fait mon édu­ca­tion, ont ori­en­té indi­recte­ment le cours de ma vie. Je n’aurais jamais eu les moyens de me pay­er tous ces spec­ta­cles.

Votre amour de la comédie musi­cale a‑t-il évolué ?
C’est devenu une addic­tion car, depuis au moins dix ans, j’ai vu… tous les spec­ta­cles de Broad­way. Cela m’a per­mis de forg­er mon opin­ion et aus­si avoir une respectabil­ité con­crétisée grâce à mon pre­mier livre. J’ai cet avan­tage et ce bon­heur tou­jours renou­velé d’aller voir ou revoir une comédie musi­cale. C’est inde­scriptible. Je pense que je vivrais moins bien sans cela.

Quelle est votre rela­tion avec les artistes ?
J’ai un tel respect pour les artistes qui me font telle­ment rêver, que je dois aller les voir en couliss­es. Avec mes anciens amis du bal­let j’ai pu ren­con­tr­er pas mal de monde. Mais il faut bien dire que mon pre­mier livre a fait beau­coup puisque je suis allé l’offrir à de nom­breuses vedettes, de Liza Min­nel­li à Hugh Jack­man, de Bernadette Peters à Dan­ny Burstein. Il est en devan­ture chez Sardi’s. Tous les artistes qui sont dans le livre, Bar­bra Streisand et Julie Andrews mis­es à part, le pos­sè­dent. Stephen Sond­heim fut un ambas­sadeur rêvé puisqu’il m’a appelé pour en com­man­der de manière à l’offrir à ses amis. Ce livre m’a ouvert des portes. Cela me fait telle­ment plaisir d’avoir cette recon­nais­sance, je suis d’une cer­taine manière recon­nu à Broad­way.

Quelles sont vos lec­tures ?
Je con­tin­ue à lire des biogra­phies de per­son­nal­ités de Broad­way ou des œuvres sur l’historique, égale­ment les livres qui ont servi d’inspiration à toutes les grandes comédies musi­cales améri­caines. Y com­pris Romeo et Juli­ette pour bien saisir com­ment l’adaptation qui en est faite dans West Side Sto­ry. Même si écrire n’est pas sim­ple, de même que faire des recherch­es, je suis vrai­ment dans mon élé­ment.

Com­ment con­denser l’histoire de Broad­way en 240 pages ?
J’ai tout d’abord cher­ché les incon­tourn­ables, devenus chapitres, et leurs titres. Je les ai trou­vés en une soirée. Ils sont liés égale­ment à l’idée que j’avais d’un doc­u­men­taire qui me trot­tait dans la tête depuis quelques mois. Ils étaient donc déjà pen­sés. J’ai tout de même scindé en deux un chapitre : celui con­sacré à l’âge d’or. Il y a tant à dire. Sur mon plac­ard de cui­sine, j’ai com­mencé à met­tre des post it par chapitres, par la suite j’ai com­plété par d’autres post it d’une autre couleur. Ensuite je me suis mis à rédi­ger, tout en citant sys­té­ma­tique­ment mes sources.
J’ai com­mencé par le chapitre le plus sim­ple : le cinquième con­sacré à Show Boat. J’ai écrit les chapitres suiv­ants puis suis revenu au chapitre un, sur l’histoire de New York, telle­ment pas­sion­nante. C’est celui qui m’a pris le plus de temps. J’ai lu énor­mé­ment, ai vis­ité des musées. Il fal­lait syn­thé­tis­er et dire des choses exactes, puisque j’ai trou­vé nom­bre d’éléments con­tra­dic­toires. J’ai ter­miné par rédi­ger « Broad­way de nos jours », le qua­torz­ième, après les Tony Awards. J’étais un peu à sec alors je suis par­ti à New York pour trou­ver l’ultime inspi­ra­tion. J’ai eu envie de par­ler de la for­ma­tion, à quel point ces Améri­cains sont forts, et par­ler des trois grands suc­cès actuels : Hamil­ton, Hel­lo Dol­ly! et Dear Evan Hansen, des comédies musi­cales qui m’ont plu. J’ai prof­ité de ce séjour pour aller voir… les archives de la Shu­bert Orga­ni­za­tion qui m’ont été ouvertes grâce au directeur qui avait appré­cié mon pre­mier livre. Je leur suis vrai­ment recon­nais­sant de m’avoir per­mis d’accéder à cette mine de ren­seigne­ments, d’obtenir quelques pho­tos dont ils m’ont offert les droits. Le Théâtre du Châtelet, la fille de Frank Loess­er, celle d’Irving Berlin, m’ont égale­ment offerts les droits de pho­tos. Je suis vrai­ment très touché par leurs gestes.

Avez-vous fait des décou­vertes ?
Si je n’ai rien appris sur l’histoire de la comédie musi­cale, que je con­nais sur le bout des doigts grâce à l’énorme tra­vail entre­pris pour mon livre précé­dent, j’ai beau­coup appris sur l’histoire des Etats-Unis, la guerre du Viet­nam que j’ai dû résumer, l’histoire du télé­phone ou de la télévi­sion dans ce pays, puisque tous ces élé­ments ont une influ­ence sur le genre. J’ai égale­ment appris sur la biogra­phie de Frank Loess­er, ce qui a don­né un nou­v­el éclairage sur ses comédies musi­cales.

Pourquoi l’idée des cinq chan­sons favorites ?
C’est un plaisir que je me suis fait en deman­dant aux per­son­nes que je con­nais de Broad­way de me don­ner leurs cinq titres favoris. Une manière de les inté­gr­er dans ce livre. Cela per­met aus­si de mieux les con­naître. Cela m’a touché qu’ils me répon­dent spon­tané­ment. Stephen Sond­heim a refusé d’y par­ticiper car il avait peur de bless­er des gens. La prési­dente de la Broad­way League m’avait dit : « je ne peux pas aller là dedans ». J’ai tout de même insisté par cour­riel, elle me les a envoyées. La liste de Chi­ta Rivera, je l’ai reçue la veille de l’impression. Mon seul regret est de ne pas avoir celle de Lee Blake­ley. Je l’aimais telle­ment ; il n’a pas eu le temps de me répon­dre, emporté par la mal­adie. C’est une grande perte pour le théâtre musi­cal.

Qu’est-ce qui prime pour qu’une comédie musi­cale soit réussie ?
L’incontournable c’est l’émotion : joie, tristesse, beauté… Il est pos­si­ble de les ressen­tir par le biais du livret, des chan­sons, des choré­gra­phies. Quand tout se mêle et que l’émotion naît de tout cela, c’est plus que gag­né ! Cer­tains spec­ta­cles froids, comme Spi­der­man, ne peu­vent fonc­tion­ner. Per­son­nelle­ment, j’adore pleur­er au spec­ta­cle, comme ce fut le cas pour Dear Evan Hansen ou Come From Away. Quelque chose s’est passé entre l’œuvre et moi.

Quels sont vos pro­jets ?
Ecrire de nou­veau des livres ! Et, comme je l’évoquais précédem­ment, ce livre doit don­ner nais­sance à un doc­u­men­taire pour la télévi­sion. J’y tra­vaille ardem­ment.

Lire notre cri­tique de Hel­lo, Broad­way !