Hitchcock et Mary Rose

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Théâtre de l’Œuvre – 55, rue de Clichy, 75009 Paris.
À partir du 3 septembre 2026. Du jeudi au dimanche.
Renseignements et réservations en cliquant ici.

Alfred Hitchcock réunit la scénariste Jay Presson Allen et la comédienne vedette Tippi Hedren, juste avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie, pour leur faire découvrir un projet mystérieux : un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan.

La séance de travail ouvre des portes sur la psyché tourmentée du maestro... Pourquoi a-t-il choisi cette œuvre ? Quel est le lien puissant qui le relie à Mary Rose ? Comment Tippi Hedren, sa star devenue la proie d’une libido inassouvie, va-t-elle réagir face à l’emprise d’Alfred ? Le duel va se jouer à fleurets non mouchetés.

Notre avis (avant-première du 2 septembre 2026) : Le réalisateur Alfred Hitchcock, désœuvré en attendant le tournage de son prochain film Pas de printemps pour Marnie, a imaginé un projet qui pourrait déboucher sur un futur long-métrage. Il convoque dans la suite de son hôtel à Hollywood sa scénariste fétiche Jay Presson Allen ainsi que la comédienne Tippi Hedren, avec laquelle il avait tourné Les Oiseaux.

La lecture censée convaincre l'actrice d'accepter le rôle s'avère assez effrayante : dans ce réalisme saisissant, deviendrait-elle la victime d'un prédateur sexuel ? Bien avant l'heure de #MeToo, le voile se lève sur un sujet tabou, impensable à évoquer dans ces années (nous sommes en 1964) au risque de briser une carrière.

Nous assistons à la progression de cette journée entre curiosité et effroi, partagée par des protagonistes pris au piège d'un despote bien déterminé à arriver à ses fins... L'histoire fantastique de Mary Rose saura-t-elle finalement convaincre la comédienne à envisager le rôle ?

Jolie découverte du Festival Off d'Avignon, le spectacle trouve parfaitement sa place dans la salle intime du Théâtre de l'Œuvre qui l'accueille cet automne.

L'intrigue peut sembler trop légère pour alimenter la soirée et tenir suffisamment le spectateur en haleine. Le contrat s'avère néanmoins parfaitement rempli grâce à une mise en scène vive et précise – quasiment cinématographique –, orchestrée par Christophe Lidon qui dirige ses acteurs avec un respect total pour leur personnalité et de leur emploi (Darrieux, Brasseur, Lebrun, Hirsch et bien d'autres ont fait les beaux soirs de mémorables spectacles depuis plus de trente ans).

(c) Philippe Pocidalo

Éric Prat incarne Hitchcock avec conviction – entre colères et retenues de ses démons que l'on sent palpables – mais ne tombe jamais dans le piège de la caricature. Mélanie Page, oiseau terrifié par le maître, joue à la fois sur la sensibilité et la détermination à ne pas succomber aux avances du prédateur. Élégante et absolument craquante, elle nous fait partager les traumatismes subis par son précédent tournage. Enfin, nous avons eu le plaisir de retrouver Marjorie Frantz (que nous avions tellement aimée dans Merteuil en 2024), qui tient tête au maître, non sans mal. Elle le connaît certainement mieux que quiconque ; ses non-dits et ses regards en disent long.

Le texte de Michael Sadler sert joliment l'intrigue de ce thriller que Hitchcock en personne n'aurait pas renié.

 

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