Joséphine Baker, le musical

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Bobino – 14-20, rue de la Gaîté, 75014 Paris.
Les 12 et 19 octobre, les 16 et 30 novembre, le 7 décembre 2022, le 4 janvier, les 1er, 8 et 15 février, les 8, 15 et 22 mars 2023 à 21h.
Renseignements et réservations sur le site de Bobino.

Sa vie est un roman, ce spec­ta­cle sa lumière ! Le des­tin musi­cal émou­vant et fes­tif d’une des femmes les plus inspi­rantes du XXe siè­cle, porté par une troupe de huit artistes écla­tants qui la font revivre comme par enchantement !

Joséphine Bak­er, le musi­cal nous fait redé­cou­vrir l’artiste éblouis­sante aux tal­ents de danseuse et de chanteuse hors du com­mun, précurseuse du hip-hop. Ce spec­ta­cle révèle aus­si la vie romanesque de cette femme libre et engagée. On y crois­era ses parte­naires (Gabin), ses amants (Paul Col­in, Pépi­to), ses maris (Willie Bak­er, Jo Bouil­lon) et les héros, comme elle, qui n’hésiteront pas à met­tre leurs vies en dan­ger pour sauver des Juifs et déjouer les plans des nazis. Elle milit­era toute sa vie con­tre la ségré­ga­tion raciale en rejoignant Mar­tin Luther King Jr et en adop­tant douze enfants de toutes orig­ines pour créer sa tribu arc-en-ciel. De beaux tableaux choré­graphiés en cos­tumes d’époques flamboyants !!!

Notre avis : Alors que le poten­tiel était là : fig­ure légendaire, femme au des­tin excep­tion­nel, ce spec­ta­cle provoque un sen­ti­ment mit­igé. Com­mençons par le posi­tif. Vocale­ment, c’est impec­ca­ble : dans le rôle-titre, Nevedya – dont le nom ne fig­ure curieuse­ment pas sur le site Inter­net de Bobi­no – pos­sède une voix qui ne cesse de nous impres­sion­ner. On salue son tra­vail et son énergie, et on se réjouit de sa belle présence. Main­tenant, ça se gâte… Après une ouver­ture un peu brouil­lonne qui manque de panache, les tableaux s’enchaînent avec par­fois l’intervention arbi­traire d’un nar­ra­teur. Sous nos yeux se déroule le réc­it, plutôt plat, de l’ascension ful­gu­rante de la star Joséphine Bak­er, en suiv­ant un sché­ma stricte­ment chronologique des événe­ments qui manque de dynamisme et de créativité.

Le plateau est sou­vent presque à nu, habil­lé de pro­jec­tions vidéo en fond de scène. Le choix de ces pro­jec­tions est dis­cutable et ne jus­ti­fie pas l’absence de décor, d’au­tant plus que les images man­quent d’harmonie et de déf­i­ni­tion au point de se retrou­ver pix­elisées. N’au­rait-il mieux pas valu oser un plateau totale­ment nu ?

Si cer­tains tableaux sont avenants comme celui de l’ar­rivée de Joséphine dans la cap­i­tale française sur « Paris, Paris, Paris », on regrette glob­ale­ment un manque d’invention voire de créa­tiv­ité dans l’hom­mage ren­du à une fig­ure pleine d’extravagance. Le spec­ta­cle ne fait évidem­ment pas l’im­passe sur la fameuse cein­ture de bananes et les « dans­es sauvages » qui l’ont ren­due célèbre, mais l’évo­ca­tion est assez courte et elle n’est pas vrai­ment remise dans son con­texte ni n’est présen­tée de façon qui sus­cite la réflex­ion. Il aurait cepen­dant été intéres­sant de s’in­ter­roger sur ce numéro qui provo­qua un véri­ta­ble scan­dale avant de se trans­former en suc­cès : que ressen­tait cette jeune fille d’alors 19 ans, fraîche­ment débar­quée de son ghet­to noir de Saint-Louis dans le Mis­souri ? Tout ce chemin pour être à nou­veau réduite à des stéréo­types réduc­teurs : avait-elle con­science qu’elle les repro­dui­sait et répondait à une vision fan­tas­mée et exo­tique de la France colo­niale ? Ou bien se jouait-elle de son image en pous­sant la car­i­ca­ture devant un pub­lic blanc ? Avec une mise en per­spec­tive plus appro­fondie, cet épisode emblé­ma­tique de la vie de Joséphine aurait sans doute gag­né un relief par­ti­c­uli­er, d’au­tant que le spec­ta­cle rap­pelle très juste­ment les actes inspi­rants de cette femme récem­ment pan­théon­isée : son rôle impor­tant dans la Résis­tance, l’adop­tion après la guerre d’une douzaine d’en­fants de toutes origines…

Les chan­sons sont à la fois des créa­tions orig­i­nales et des repris­es des tubes de Joséphine Bak­er. Regret­tons d’emblée une bande-son qui gâche la plu­part des numéros musi­caux : les repris­es, qui sont sou­vent réar­rangées dans des styles assez éloignés des orig­in­aux, frisent l’am­biance de karaoké, tan­dis que les com­po­si­tions orig­i­nales, aux paroles par­fois frag­iles, sont vite oubliées. Seul instru­men­tiste présent, Raphaël Ban­cou offre des bouf­fées d’air frais à chaque fois qu’il se met à son piano, et l’on regrette qu’il n’ac­com­pa­gne pas tout le spectacle.

En résumé : un hom­mage agréable à une fig­ure atyp­ique, mais qui se révèle moins inven­tif qu’at­ten­du, surtout dans une salle aus­si pres­tigieuse que les tar­ifs qu’elle pratique.

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