Le Guide du parfait gentleman assassin

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Théâtre du Palais-Royal – 38, rue de Montpensier, 75001 Paris.
À partir du 21 août 2026.
Renseignements et réservations sur le site du théâtre.

Londres, 1906. Un jeune homme sans le sou apprend par accident qu’il est légataire d’une immense fortune et d’un titre de comte. Seule ombre au tableau : huit héritiers le précédent. Qu’à cela ne tienne : il entreprend, méthodiquement mais toujours avec panache, de les éliminer un par un.

Œuvre auréolée de quatre Tony Awards en 2014 :
– meilleure comédie musicale ;
– meilleure performance d’un acteur principal dans une comédie musicale pour Bryce Pinkham ;
– meilleure direction d’une comédie musicale pour Jack O’Brien ;
– meilleure orchestration pour Jonathan Tunick.

Voir le compte rendu d'une lecture du projet à laquelle nous avions assisté en avril 2024.

Notre avis (représentation du 25 août 2026) : En cette rentrée, ce Guide du parfait gentleman assassin fait indéniablement partie des événements musicaux attendus de la saison. D'abord parce qu'il s'agit de l'adaptation française d'une comédie musicale américaine récompensée par quatre Tony Awards. Ensuite parce que le livret est tordant. Enfin, parce que la distribution est alléchante.

Au décès de sa mère, Monty Navarro découvre, en dépit de sa pauvreté manifeste, qu'il appartient à la riche famille D'Ysquith. Bien décidé à ne plus supporter la misère et à regagner son statut de nanti qu'il estime être le sien – surtout que la si jolie Sibella ne l'épousera pas s'il reste sans le sou –, il cherche dans un premier temps à se rapprocher de ses riches cousins pour décrocher un emploi dans la banque familiale. Mais, se voyant méprisé et rejeté comme l'a été autrefois sa mère, il se met en tête de viser le sommet en éliminant tous les membres qui le précèdent dans la ligne de succession au titre de comte de Highhurst. Ils ne sont pas moins de huit, mais Monty pourra compter sur sa classe naturelle et son ingéniosité de circonstance pour se débarrasser de chaque obstacle en travers de son ascension !

De cette histoire rocambolesque qui accumule les meurtres avec un humour noir inimitable, les plus anciens d'entre nous et les cinéphiles ont sans doute en mémoire le film de 1949 Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets), dans lequel le très shakespearien Alec Guinness n'arrêtait pas de se transformer.

Car c'est là que réside l'originalité de ce Guide du parfait gentleman assassin. Les huit héritiers à zigouiller sont tous – et toutes – incarnés par le même comédien. À ce jeu de multi-dédoublement, un défi qui s'accompagne de changements de costumes ultra-rapides, Benoît Cauden (acclamé dans Les Producteurs), comédien virtuose et authentique caméléon, ne fait qu'une bouchée de cette galerie de personnages hauts en couleur et un brin zinzin. Accoutrements inénarrables mais surtout pitreries, mimiques, accents et postures impayables déclenchent à chacune de ses métamorphoses un tourbillon d'hilarité – mentions spéciales au très loufoque et hautain révérend Ézéquiel, au très apicole et gay Henry et à la très philanthrope et increvable Lady Hyacintha. Un véritable tour de force qui électrise le spectacle et fait le public se gondoler.

L'autre aspect saillant de cette comédie musicale, c'est le rythme imposé par les mots qui fusent ou s'égrènent prestissimo, et des répliques qui se bousculent sans temps mort. L'adaptation française bénéficie de l'expertise et l'expérience de Stéphane Laporte. Grâce à son savoir-faire, les textes parlés et les paroles chantées possèdent le naturel idiomatique du français et, surtout, débordent d'humour par des jeux de mots, des allusions, des doubles-sens... tout en conservant l'esprit d'origine. Là encore, un tour de force.

(c) Regard en Coulisse

La musique est à l'unisson d'un livret sautillant voire étincelant mais aussi ancré dans l'aristocratie anglaise du début du XXe siècle – une singularité pour un musical créé en 2013. De fait, la partition renvoie étrangement à un âge d'or du musical et en possède le charme vaguement désuet. Depuis les loges du balcon qui jouxtent le cadre de scène, trois musicien·ne·s – piano, clarinette et violon – impriment ce qu'il faut de séduction mélodique, d'énergie communicative et de mystérieux dandinement.

Avouons que, une fois passé l'acte I et ses facéties mortelles et qu'il ne reste alors que l'actuel comte de Highhurst à trucider, la reprise après l'entracte se révèle un peu moins surprenante et peine à retrouver le souffle exubérant d'avant la coupure. Si les péripéties cocassement funestes de la première partie avaient de quoi faire écarquiller les yeux et délirer les oreilles, l'ultime décès, l'aboutissement du projet, le mariage, le curieux procès et les affaires de cœur nous ont, en revanche, paru moins captivants parce que moins hénaurmes, comme si ce Gentleman's Guide to Love and Murder traitait mieux du meurtre que de l'amour.

Plus une faiblesse dans l'articulation du livret, pensons-nous, que dans la mise en scène de Virginie Lemoine, qui accompagne avec justesse et ce qu'il faut de folie le développement et les rebondissements de l'intrigue. Les chorégraphies de Mariejo Buffon ajoutent à l'esprit saugrenu des situations. Les costumes d'Axel Boursier savent faire vivre les personnages, de tous poils, à la fois dans le contexte socio-historique et dans leurs actions – et les toilettes de ces dames sont un ravissement pour les yeux.

Le décor de Grégoire Lemoine, suffisamment baroque pour créer d'étonnants effets visuels et assez sophistiqué pour permettre la juxtaposition et la succession serrée de plusieurs univers différents, s'avère astucieux – il est aidé en cela par les lumières précises et les vidéos inventives de Mehdi Izza. Parmi les petits bémols qui pourraient disparaitre après les premières représentations, notons par exemple des rideaux très sollicités et – de ce fait ? – souvent rebelles à se remettre tout à fait dans la bonne position ! Reconnaissons aussi que la structure en impose sur le plateau du Théâtre du Palais-Royal, en particulier dans sa profondeur, et que, même si les onze artistes ne sont pas toujours tous présents en même temps, on frôle parfois l'embouteillage.

Dans le rôle du méticuleux gentleman tueur en série, Gaëtan Borg (applaudi dans Company), contrepoint aux incarnations farfelues et extraverties de Benoît Cauden, s'amuse comme un polisson malicieux sans oublier de titiller les deux donzelles qui lui courent après. De sa voix toujours bien timbrée, il manie avec un naturel confondant la fausse candeur du meurtrier dans son bon droit et la sobre bonhomie à l'égard du public à qui il raconte son histoire. Autour de lui papillonnent, légères ou piquantes, Camille Nicolas et Emma Brazeilles : la première, barbie arriviste et sans scrupule ; la seconde, gentille voire bébête mais sincèrement amoureuse. Sandrine Montcoudiol, Carole Deffit, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot – désopilante danseuse de cabaret à l'irrésistible gouaille –, Guillaume Beaujolais, Jérémy Petit et Hervé Lewandowski, toutes et tous excellents, investis corps et voix dans leurs petits rôles et dans leurs moments ensemble, complètent une distribution haut de gamme ovationnée par un public réjoui et ravi.

Ce Guide du parfait gentleman assassin a tous les ingrédients du succès. Entre raffinement so british et extravagances monstrueusement hilarantes, l'humour vous saisit dès la première note sans vous lâcher.

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