Le Retour d’Ulysse

0
205

Ulysse, décidé­ment, tarde à revenir de la guerre, et Péné­lope se lasse de faire et défaire chaque jour sa tapis­serie. Aus­si, quand on lui annonce que son époux est décédé et qu’il l’autorise par tes­ta­ment à prof­iter de la vie, elle ne se fait pas prier. Oui mais voilà, Ulysse est en fait bien vivant et c’est lui qui, déguisé en major­dome, fait le ser­vice au pre­mier repas galant que s’offre Péné­lope… En pour­suiv­ant la redé­cou­verte de l’œuvre du com­pos­i­teur Hervé, le Palazzet­to Bru Zane révèle chaque fois davan­tage l’immense tal­ent comique d’un rival d’Offenbach injuste­ment oublié.

Notre avis : Salu­ons d’emblée le tra­vail du Palazzet­to Bru Zane et son engage­ment à redonner leur chance à ces œuvres tombées dans l’oubli, en par­ti­c­uli­er ces cour­tes pièces lyri­co-comiques qui ont abondé au XIXe siè­cle. Et remer­cions la direc­tion du Théâtre Marigny de leur offrir l’écrin de son Stu­dio idéale­ment dimen­sion­né.
De cet opéra-bouffe Le Retour d’Ulysse d’Hervé (con­sid­éré comme le com­pos­i­teur de la pre­mière « opérette ») qui, apparem­ment, n’a presque pas été pro­gram­mé depuis plus d’un siè­cle et demi, on pou­vait red­outer qu’il n’en ait survécu qu’une chose un peu pous­siéreuse et obsolète, que seul un audi­toire d’un autre temps, habitué du genre et en pos­sé­dant les codes, pou­vait appréci­er. Il n’en est rien : l’intrigue est celle d’un vaude­ville mod­erne avec tous les ingré­di­ents du genre (retour inat­ten­du du mari, amant dans le plac­ard, épouse aux pos­es las­cives, quipro­qu­os, allu­sions au-dessous de la cein­ture…) et la musique tout à fait char­mante, avec ses décli­naisons réussies : chan­sons d’exposition à cou­plets, duo amoureux, trio de la jalousie, valse, chan­son à boire, inter­mède façon cabaret… Même si elle est sans doute moins per­ti­nente pour le pub­lic d’aujourd’hui, la référence à la Grèce antique per­met néan­moins, sans ver­gogne et avec des jeux de mots atem­porels qui font mouche, de tourn­er en déri­sion héros guer­ri­ers et icônes vertueuses. Et, par ailleurs, le con­texte mar­itime du mythe d’Ulysse offre à la mise en scène – qui colle au plus près du texte – l’occasion de déclin­er une large panoplie d’accessoires, de cos­tumes et de choré­gra­phies aqua­tiques dans une ambiance très peo­ple entre Alerte à Mal­ibu, cab­ine à Deauville et piscine de rooftop, en glis­sant même quelques clins d’œil écologiques à Cousteau et au net­toy­age des plages.
La dis­tri­b­u­tion toute pleine d’entrain (trois artistes lyriques, un comé­di­en chanteur et un pianiste qui s’invite dans le jeu) emmène avec une énergie com­mu­nica­tive, un jeu débridé et des voix bien tim­brées, ce diver­tisse­ment effi­cace, aus­si agréable à voir qu’à enten­dre.
On se réjouit donc d’avance des prochains ren­dez-vous des « Bouffes du Bru Zane » : On demande une femme de cham­bre (Plan­quette) / Chanteuse par amour (Hen­ri­on) en mai ; puis Faust et Mar­guerite (Bar­bié) / Sauvons la caisse (Lecocq) en juin.