L’Homme de la Mancha

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Théâtre du Châtelet – Place du Châtelet – 75001 Paris.
Quatre représentations : les 29 et 30 mai, et les 5 et 6 juin 2021.
Réservations et renseignements sur le site du Châtelet.

La chan­son « The Impos­si­ble Dream / Rêver un impos­si­ble rêve » est dev­enue, dès sa créa­tion en 1965, un stan­dard inter­na­tion­al repris par Frank Sina­tra, Elvis Pres­ley, Diana Ross ou Ken Boothe. Son adap­ta­tion par Jacques Brel en 1968 en fera un suc­cès fran­coph­o­ne inter­prété par Julien Clerc, John­ny Hal­ly­day, Mau­rane, Jean Piat ou encore José van Dam.

Jacques Brel aimait tant la comédie musi­cale de Dale Wasser­man, Mitch Leigh et Joe Dar­i­on qu’il obtint les droits pour traduire, adapter et inter­préter en français ce spec­ta­cle autour de Don Qui­chotte, le héros légendaire de Cer­van­tès, per­son­nage auquel il s’identifiait très fort. Cinquante ans plus tard la pro­duc­tion de Michael De Cock et Junior Mthombeni est une ode à Brel et à Brux­elles, à l’imagination, à la poésie et aux impos­si­bles rêves dont cette époque a tant besoin.

En cel­lule, Cer­van­tès attend son audi­ence devant l’Inquisition. Il présente aux pris­on­niers sa défense, à la façon une pièce de théâtre, dans un sim­u­lacre de procès. Il y incar­ne Alon­so Qui­jana, un homme qui a mis de côté sa pro­pre réal­ité pour devenir Don Qui­chotte de la Man­cha. Aidé par son écuy­er San­cho Pança, il tente d’éviter son enne­mi mor­tel, l’Enchanteur. Déter­miné à défendre tout ce qui est bon et juste à un moment où les chances sont con­tre lui, Qui­chotte s’arme d’un courage sans lim­ite et nous sommes tous oblig­és de suiv­re son étoile inac­ces­si­ble. Rejoignez Don Qui­chotte alors qu’il pour­suit son rêve impos­si­ble, celui de pour­suiv­re la belle princesse Dul­cinée – et quelques moulins à vent.

Notre avis : Com­mençons par la fin… Soit une bonne par­tie de la troupe les larmes aux yeux face à une salle, certes rem­plie avec une jauge à 35 %, qui applau­dit. De belles retrou­vailles qui ne peu­vent que touch­er. Cette sen­sa­tion inef­fa­ble a telle­ment man­qué ! En rai­son des pro­gram­ma­tions et dépro­gram­ma­tions, nous pou­vons imag­in­er l’état émo­tion­nel de la troupe… Car si nous avons la chance que l’État aide finan­cière­ment le monde du spec­ta­cle, il est des sen­sa­tions, décourage­ments, qui ne peu­vent être tem­pérés inté­grale­ment par de l’argent. Plaisir, donc, de la troupe et de l’équipe du Châtelet d’accueillir les spec­ta­teurs dans la salle par la présen­ta­tion des dif­férents artistes qui com­posent la dis­tri­b­u­tion de L’Homme de la Man­cha. En effet, sur un écran géant qui fera par­tie inté­grante de la scéno­gra­phie, en gros plan cha­cun se présente et, pour faire écho à la chan­son phare de la comédie musi­cale, évoque son plus grand rêve, sa quête personnelle.

Les met­teurs en scène ont choisi de con­serv­er la trame nar­ra­tive de l’œuvre, soit Cer­vantes qui, durant un procès, fait inter­préter les rôles qu’il a en tête par les mem­bres de ce tri­bunal, sorte de cour des mir­a­cles faisant, dans cette dis­tri­b­u­tion, la part belle à la diver­sité. Cer­vantes est per­son­nifié en vieil homme, mais aus­si en par­al­lèle en jeune auteur intrépi­de qui endosse les habits de Don Qui­chotte. L’orchestre mag­ni­fie la par­ti­tion de Mitch Leigh, ménageant de splen­dides moments d’émotion. La scéno­gra­phie flirte avec la moder­nité, des images d’immeubles en pleine démo­li­tion pro­jetées sur l’écran réson­nent avec le décor com­posé de tôles, de chais­es en plas­tique. Des caméras soulig­nent de temps en temps l’action en fil­mant en direct les pro­tag­o­nistes, sans pour autant par­venir à régler le souci inhérent à ce dis­posi­tif : le syn­chro­nisme. En effet l’image pro­jetée a un petit retard, ce qui donne une sen­sa­tion bizarre, comme si les chanteurs loupaient leurs syn­chros. Ce qui est un peu ennuyeux dans le cas d’un musi­cal… Une bonne idée con­siste à ponctuer le spec­ta­cle de cita­tions de Cer­vantes, qui appa­rais­sent sur cet écran et font écho avec l’action. L’une d’elle – « Vivre fou et mourir sage » – résume non seule­ment le spec­ta­cle, mais aus­si la rai­son d’être de l’Acteur… Brel (qui, rap­pelons-le, n’est pas l’auteur de cette comédie musi­cale, mais l’adaptateur, comme l’indique Patrick Niedo dans le pro­gramme de salle), trou­ve en Fil­ip Jor­dens un suc­cesseur qui tente un mimétisme total. Junior Akwe­ty, en San­cho Pança, plus libre dans son inter­pré­ta­tion, se révèle très con­va­in­cant, tout comme Ana Naqe qui campe une Dul­cinea toute en bravache vul­néra­bil­ité. La chanteuse était souf­frante, il faut croire que la magie de la scène a opéré car sa presta­tion fut ova­tion­née. De belles voix, pour le moins hétérogènes, et de belles présences scéniques pour cette adap­ta­tion qui, même si elle souf­fre de cer­taines longueurs, per­met de retrou­ver enfin un chemin séduisant vers la comédie musicale.

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