Tina – The Tina Turner Musical

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Lunt-Fontanne Theatre, New York.
Jusqu'au 20 septembre 2020.
Tous les renseignements sur le site du spectacle.

Notre avis : À Broad­way, on les appelle des « juke­box musi­cals », des œuvres hâtive­ment mon­tées autour du cat­a­logue de chanteurs ou de groupes vocaux célèbres, un pré­texte comme un autre pour exploiter des airs con­nus et les inté­gr­er dans un livret sup­posé retrac­er la car­rière des inter­prètes qui les ont créés.

C’est ain­si que tout récem­ment encore, on a pu voir deux de ces pièces, Sum­mer : The Don­na Sum­mer Musi­cal et The Cher Show, dans lesquelles, curieuse­ment et sans nul doute par coïn­ci­dence, ces divas étaient incar­nées non pas par une mais par trois actri­ces dif­férentes, his­toire d’agrémenter la soupe. Vous repasserez pour la vérac­ité !

Pour tout dire, le genre lui-même est sérieuse­ment défi­cient : les vies et car­rières de ces artistes aimées du grand pub­lic sont présen­tées de telle façon que tout aspect négatif ou sujet à con­tro­verse est escamoté ou tout sim­ple­ment élim­iné, ce qui rend l’action jolie jolie mais sans veris­mo ; quant aux chan­sons, bien que con­nues la plu­part du temps, elles sont inter­prétées par des acteurs ou des actri­ces qui sont certes com­pé­tents, mais qui ont du mal à offrir ces chan­sons telles qu’elles ont été créées à l’origine ou avec la même vérité dans l’interprétation.

Une excep­tion toute­fois cette sai­son, et de taille : Tina – The Tina Turn­er Show, avec Tina elle-même aux com­man­des de la pro­duc­tion et une actrice excep­tion­nelle, Adri­enne War­ren, qui se taille la part du lion (ou de la lionne) avec une présence scénique hors pair. Il y a bien quelques faib­less­es dans la nar­ra­tion, notam­ment dans le déroule­ment de l’action com­pressée en deux heures env­i­ron, et dont l’intégrité laisse par­fois à désir­er. Mais l’ensemble tient quand même bien la route, et la vie et la car­rière de Tina Turn­er sont évo­quées d’une façon à la fois réal­iste et hon­nête, tout en gar­dant un style très théâ­tral.

Quant aux chan­sons, en dehors de quelques moments per­cu­tants qui rap­pel­lent les heures de gloire de Tina sur scène avec Ike et les Ikettes (« A Fool in Love », « I Want To Take You High­er », et « Proud Mary », par­mi d’autres titres), elles ont été inté­grées à l’action comme de bande-son à des moments pré­cis. C’est ain­si que « I Don’t Wan­na Fight No More », créée en 1993 con­clut le pre­mier acte sur une note forte en émo­tion d’espoirs per­dus et de soli­tude. De même, « We Don’t Need Anoth­er Hero », la chan­son emblé­ma­tique du film Mad Max Beyond Thun­der­dome, devient la toile de fond sonore d’un autre moment de réflex­ion, un duo sous forme de bal­lade entre Tina adulte et Tina petite fille.

Mais ce qui trans­forme Tina – The Tina Turn­er Musi­cal et le dif­féren­cie de beau­coup d’autres spec­ta­cles musi­caux, c’est la presta­tion d’Adrienne War­ren. Reprenant le rôle qu’elle avait déjà créé à Lon­dres l’an dernier et qui lui avait valu un Olivi­er Award (l’équivalent d’un Molière), elle s’empare du per­son­nage de Tina en lui don­nant une image très proche de la réal­ité, avec en plus un soupçon de ressem­blance à l’o­rig­i­nal, ce qui ajoute à l’attrait de sa per­for­mance. Un spec­ta­cle à voir !

Adri­enne War­ren. Pho­to : Manuel Har­lan