Depuis plusieurs années, le public français s'est familiarisé avec le compositeur Stephen Sondheim, décédé en novembre 2021 et davantage connu pour avoir écrit les paroles de West Side Story. Sa notoriété a beaucoup gagné grâce aux adaptations pour le cinéma (Sweeney Todd, Into the Woods), aux productions du Châtelet (A Little Night Music, Sunday in the Park with George, Sweeney Todd, Into the Woods, Passion), du Lido (A Funny Thing Happened on the Way to the Forum), de l'Opéra de Toulon (Follies et le tout récent Putting It Together) ou d'autres institutions lyriques (Sweeney Todd à l’Opéra national du Rhin, la tournée de Into the Woods et celle, toujours en cours, de Company qui s'arrêtera au Châtelet en 2027).
À cette liste déjà bien remplie d'œuvres présentées, il en manque quelques-unes, encore moins connues du grand public mais pas moins intéressantes ni moins prisées des aficionados du « Dieu de Broadway ». Parmi ces titres qui n'ont pas encore eu la chance d'être présentés, il y a Assassins.
Dans le genre de la comédie musicale excentrique, Assassins tient une place de choix. En effet, ce musical créé Off-Broadway en 1990 sur un livret de John Weidman d'après une idée originale de Charles Gilbert Jr met en scène, à la façon d'un jeu de massacre dans une fête foraine, toute une galerie de personnages historiques ayant assassiné ou tenté d'assassiner des présidents des États-Unis.
Par ordre chronologique : John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln en 1865 ; Charles J. Guiteau, celui de James Garfield en 1881 ; Leon Frank Czolgosz, celui de William McKinley en 1901 ; Giuseppe Zangara, qui a tenté de tuer Franklin D. Roosevelt en 1933 ; Samuel Byck, qui a voulu détourner l'avion de Richard Nixon en 1973 pour le faire s'écraser ; Sara Jane Moore et Lynette Fromme, qui ont toutes deux, séparément et à dix-sept jours d'intervalle, essayé d'assassiner Gerald Ford en 1975 ; John Hinckley Jr, qui s'en est pris à Ronald Reagan en 1981. Et, le plus célèbre d'entre tous, même si les conclusions ne semblent pas définitives : Lee Harvey Oswald, le suspect le plus probable dans l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy en 1963. Au total : neuf criminel.le.s – et la liste eût été plus longue encore si le concepteur Charles Gilbert Jr n'avait pas écarté d'autres noms !
Deux autres personnages viennent encadrer les figures historiques : The Proprietor, l'organisateur du jeu de massacre, et The Balladeer, sorte de conteur incarnant l'idéal américain. L'œuvre, comme d'habitude chez Sondheim qui aime fouiller la psychologie de ses personnages, explore les motivations des criminels : désillusion, recherche d'attention, lutte pour un idéal et, surtout, désir de justice politique.

Si, à sa création Off-Broadway en 1990, Assassins n'a pas complètement conquis le public ou les critiques, sa reprise en 2004 à Broadway, avec notamment Neil Patrick Harris et Michael Cerveris, a été couronnée de cinq Tony Awards. Depuis lors, rien en France à notre connaissance.
La compagnie The Big Funk, dont l'objectif principal est de faire connaître au public français des œuvres du répertoire américain en animant une communauté sensible à l'univers de la narration et à la puissance du théâtre et du cinéma, a la bonne idée de présenter, vendredi 5 juin à 19 heures, une lecture mise en scène de Assassins. La distribution est composée presque entièrement d'Américains expatriés installés en France depuis longtemps. Celle-ci s'inscrit dans le cadre de la – déjà – neuvième saison des American Fridays, des play readings paired with a glass of wine, autant d'opportunités de faire revivre des classiques ou de mettre en avant des auteurs émergents. Après chaque lecture, le public est invité à rencontrer les artistes et les créateurs autour d'un verre – l'occasion avec Assassins, on n'en doute pas, de discuter de la pertinence de l'œuvre, de sa poésie et de l'urgence de ses textes en regard avec l'actualité.
La metteure en scène, Laura Woody, voit dans Assassins « une fresque de l’humanité et de notre envie d’exister dans un monde qui réagit à notre présence, qui nous voit… et c’est aussi un recueil d’histoires et de chansons inspirées par la richesse de la créativité musicale issue d’une société où règne la liberté d’expression (pour certains) et enrichie par les traditions musicales de sa population diversifiée. La notion de liberté est une idée que nous cherchons encore à affiner aujourd’hui. Dans une démocratie, jusqu’où s’étend ma liberté individuelle avant d’empiéter sur celle d’autrui ? Sondheim et Weidman n’apportent pas de réponse, mais ils fournissent un contexte et des nuances qui sont souvent absents des récits historiques. Assassins est une pièce d’ensemble, il n’y a pas de personnage central, mais je dirais que s’il y en avait un, ce serait les États-Unis d’Amérique. Assassins est un regard étonnamment patriotique, décomplexé, souvent drôle et tragique sur ce qui se passe lorsque les gens sont poussés à bout ».
Pour réserver vos billets pour Assassins de Stephen Sondheim le vendredi 5 juin à 19 heures au Pavé d'Orsay dans le 7e arrondissement de Paris, c'est ici.
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