L’Enfant unique

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Théâtre des Abbesses – 41, rue des Abbesses, 75018 Paris.
Du 7 au 17 octobre 2026.
Renseignements et réservations en cliquant ici.

Deux personnes attendent la naissance de leur enfant, et se demandent comment ils le protégeront de tous les périls du monde. Puis l’enfant naît, grandit, apprend, est adorée. Et elle grandit encore. Et on ne sait plus qui elle est, cette enfant qu’on avait fait, et qui échappe à tout.

Retour en terre d’enfance pour David Lescot (Portrait de Ludmilla en Nina Simone, La Force qui ravage tout, Une femme se déplace) qui invente une comédie musicale parlée où les mots tressent des lignes mélodiques et des motifs rythmiques qui battent le tempo de la vie.

Notre avis (représentation du 7 octobre 2026) : Dans un décor tout en contreplaqué amené à évoluer durant tout le spectacle grâce aux nombreuses trappes disséminées çà et là de manière ingénieuse et évoquant d'emblée une agora, David Lescot tisse son nouveau spectacle musical, sans doute plus épuré que les précédents. Ne propose-t-il pas une « comédie musicale parlée » ? Cet oxymore trouve sa traduction durant la représentation puisque la musique est bien là, apparaissant parfois de manière inattendue. Quelques instruments – guitare, clavier, harpe, percussion – interviennent de temps en temps, sans pour autant composer des mélodies puissantes. Le but est ailleurs.

Tout débute par un chœur, de type chœur antique (agora oblige...), autour d'une présentation du temps, celui qui file, celui que l'on ressent. Un doute s'installe alors. Il faut attendre quelques minutes pour être rassuré, le temps que le véritable récit s'installe. En l'occurrence l'histoire d'une enfant, unique fruit de l'union de parents dont nous assistons à la rencontre fortuite, de sa conception jusqu'à son adolescence. Notons dès à présent la formidable composition de Sarah Brannens qui campe l'enfant Mirto, crédible à tous les âges présentés. Car le spectacle se compose de saynètes, voire de vignettes, séparées par des ellipses qui illustrent chacune un moment précis, permettant par là-même de dévoiler le caractère de chaque personnage. Bonheur de retrouver, dans le rôle des parents dont le couple se délite, Ludmilla Dabo et Antoine Sarrazin, fidèles du metteur en scène, ici également acteur.

L'enfant unique ©Christophe Raynaud de Lage

Il va de soi que la vie de Mirto se heurtera à de nombreuses difficultés, abordées ici le plus souvent sous le prisme de l'humour – ce décalage que l'on apprécie tant dans l'écriture du dramaturge. S'il se laisse aller à diverses facilités (la scène avec les professeurs et parents d'élèves, l'enfant roi élevé par des parents à côté de la plaque), il touche juste lorsqu'il se permet un récit plus incarné, donnant une plus grande épaisseur à ses personnages. L'ensemble apparaît plus sombre que des œuvres comme Une femme se déplace, la délicatesse et la malice s'expriment ici sur un autre plan. La troupe est, une fois encore, épatante et le spectacle distille une discrète séduction.

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