Gaby Deslys

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Théâtre de Passy – 95, rue de Passy, 75016 Paris.
Dès le 9 mars 2023, du jeudi au samedi à 19h et les dimanches à 18h.
Renseignements et réservations sur le site du théâtre.

Un spec­ta­cle musi­cal sur la vie extrav­a­gante, libre et auda­cieuse de la pre­mière star du music-hall !

Ce spec­ta­cle musi­cal nous fait revivre le des­tin excep­tion­nel de Gaby Deslys, qui allait enflam­mer la scène inter­na­tionale du music-hall de Paris, Lon­dres, New York. Auda­cieuse et nova­trice, elle osa par son style inim­itable, son chant et ses dans­es, bous­culer les codes du music-hall de la Belle Époque, et fut la pre­mière à descen­dre le grand escalier accom­pa­g­née par un orchestre de jazz band en 1917 ! Jusqu’à faire tourn­er la tête du roi du Por­tu­gal… qui y lais­sa sa couronne.

Femme d’affaires mod­erne, Gaby Deslys s’offrira un bel hôtel par­ti­c­uli­er à Paris du côté de Passy, délivrant ain­si un mes­sage d’indépendance aux femmes (et aux hommes !) de son temps, avant de dis­paraître en pleine gloire. Une vie extrav­a­gante, libre et audacieuse !

Du théâtre, du rire, de l’émotion, du chant, de la musique, de la danse, des per­les, des plumes, et des pail­lettes ! Plongez dans cette péri­ode qui va de la Belle Époque aux Années folles avec Cléo Sénia (Gaby Deslys) et Jean-Christophe Born (Manuel de Bra­gance et Har­ry Pil­cer), et, au piano, par l’étonnant Mark Nadler, tout droit venu de Broad­way, dans le rôle du pianiste fan­tai­siste Eugène.

Notre avis : Nous avouons notre incul­ture. Avant d’en­ten­dre par­ler de ce spec­ta­cle, nous igno­ri­ons tout, jusqu’au nom même, de Gaby Deslys. Pour­tant, quelle femme, quelle pio­nnière ! Une fois son diplôme de con­ser­va­toire de musique de Mar­seille en poche, elle « monte » à Paris parce qu’elle a soif d’aven­ture et que c’est là qu’il faut être : on est en 1900, l’ex­po­si­tion uni­verselle attire le monde entier et elle a 19 ans. Très vite, elle se fait remar­quer et tient des pre­miers rôles. En 1906, on la sup­plie de venir à Lon­dres, où on lui réservera un accueil enfiévré. De retour à Paris, elle émoustille le roi du Por­tu­gal. Puis, en 1911, c’est New York qui la réclame : Broad­way a hâte de décou­vrir celle qui per­son­ni­fie alors le charme à la parisi­enne. Elle y ren­con­tre Har­ry Pil­cer, un danseur qui va partager sa vie et dont le frère Mur­ray crée le tout pre­mier jazz band. Ain­si entourée, elle enchaîne les suc­cès dans les grandes salles parisi­ennes. Elle tourne aus­si pour le ciné­ma, enreg­istre des dis­ques… Lors de la réou­ver­ture du Casi­no de Paris en 1917, on invente pour elle ce qu’on appelle depuis la « descente du grand escalier ». L’an­née suiv­ante, quelques jours seule­ment après l’armistice de la Pre­mière Guerre mon­di­ale, elle reprend cette même revue Lais­sez-les tomber à Mar­seille, sa ville natale. En 1920, elle décède à l’âge de 38 ans seule­ment. Ses funérailles parisi­ennes rassem­blent une foule colos­sale. Son corps est inhumé à Mar­seille, où elle s’é­tait offert une vil­la somptueuse qui porte son prénom.

©macharley

Gaby Deslys fut ain­si la pre­mière vedette du music-hall – avant Mist­inguett donc. À sa beauté et son tal­ent naturels s’a­joutaient un instinct des affaires et une moti­va­tion guidée par l’ar­gent qui lui per­mirent de con­stru­ire une car­rière hors norme. Un tra­vail exigeant lui per­me­t­tait de peaufin­er son per­son­nage sul­fureux qui fai­sait rêver les hommes – de fait, elle fut la pre­mière à s’ef­feuiller qua­si­ment inté­grale­ment sur une scène de Broad­way. Devenir riche – ce qu’elle fut, et pas seule­ment à l’échelle d’une femme artiste – sig­nifi­ait pour elle le respect, l’indépen­dance finan­cière et, par là, la lib­erté de ses choix de vie.

©macharley

En hom­mage à cette per­son­nal­ité sin­gulière dis­parue il y a un siè­cle, Jean-Christophe Born a imag­iné ce spec­ta­cle qui retrace les grandes étapes de sa vie tout en met­tant en lumière la moder­nité d’une femme atyp­ique pour son époque. Pour nous immerg­er dans l’ex­trav­a­gance qui rég­nait alors, peu en rap­port avec l’étroit plateau du Théâtre de Passy, la scéno­gra­phie fait la part belle aux cos­tumes cha­toy­ants, aux cha­peaux démesurés et aux plumes col­orées, et mise sur la prox­im­ité du pub­lic, sou­vent mis en sit­u­a­tion… Aux côtés de la séduisante Cléo Sénia qui incar­ne le rôle-tire, Jean-Christophe Born lui-même inter­prète les hommes qui ont con­nu Gaby de près ou de loin. Nar­ra­teur mali­cieux qui égrène les moments sail­lants de l’ex­is­tence de la star adulée mais aus­si son fidèle accom­pa­g­na­teur, Mark Nadler n’a pas son pareil pour élec­tris­er ou relancer, depuis son piano de con­cert, l’am­biance du spec­ta­cle, qui a ten­dance à retomber par la suc­ces­sion pas tou­jours flu­ide de tableaux à l’écri­t­ure par­fois pas assez percutante.

©macharley

De la musique, éminem­ment présente dans le spec­ta­cle, on oublie assez vite les chan­son­nettes gen­ti­ment polis­sonnes des débuts parisiens pour vibr­er aux accents plus enflam­més du réper­toire améri­cain. On apprend au pas­sage que l’im­mense Irv­ing Berlin a com­posé pour Gaby Deslys, notam­ment la comédie musi­cale Stop! Look! Lis­ten! et la chan­son « Griz­zli Bear Rag », sur laque­lle avait lieu le fameux strip-tease sus­men­tion­né. L’évo­ca­tion du com­pos­i­teur de « White Christ­mas », « God Bless Amer­i­ca » et de tant d’autres stan­dards est l’oc­ca­sion rêvée pour Mark Nadler – par ailleurs arrangeur des pièces qu’il joue – de se lancer dans une exé­cu­tion très physique et très applaudie de « I Love a Piano » et d’en­traîn­er ses parte­naires dans un bondis­sant « Alexan­der’s Rag­time Band » égale­ment salué par le pub­lic, d’ailleurs ravi de toute cette soirée pleine de charme et d’én­ergie qui réha­bilite amoureuse­ment une grande fig­ure trop méconnue.


©Isaure Ans­ka

Mar­tin Pénet, pro­duc­teur à France Musique, con­sacrait en févri­er 2020 son émis­sion « Tour de chant » à ce spec­ta­cle ; elle est disponible à la réé­coute ici. Pour aller plus loin, une biogra­phie de Gaby Deslys, que nous n’avons pas encore lue, vient de paraître aux Édi­tions Baude­laire.

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