La Vie parisienne

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Théâtre du Châtelet – Place du Châtelet, 75001 Paris.
Du 12 juin au 11 juillet 2026.
Renseignements et réservations sur le site du Châtelet.

Créée au Théâtre du Palais-Royal le 31 octobre 1866, La Vie parisienne connaît aussitôt un grand succès. Quelques semaines après la première, le couple impérial a découvert l’œuvre, tout comme le tsar de Russie, Alexandre II, alors en visite à Paris pour l’Exposition universelle. Les deux auteurs de La Belle Hélène, Henri Meilhac et Ludovic Halévy, n’en sont plus à leur coup d’essai. Et le compositeur, Jacques Offenbach, sert à nouveau le livret avec brio grâce à des airs à la fois enjoués et audacieux. De surcroît, le thème de cet opéra bouffe est porteur : tandis que l’on vient d’inaugurer la gare du Nord (1866), ou le Théâtre du Châtelet (1862), La Vie parisienne décrit un quotidien où règne le plaisir ! Devenue ville-monde, la capitale qui rivalise avec Londres attire désormais les artistes, les hommes d’affaires, mais aussi les touristes… et cet opéra bouffe décrit les rencontres, burlesques, entre ces différents acteurs.

La Vie parisienne est donc une photographie de la ville, de ses habitants et de leurs mœurs à la toute fin du Second Empire. Et si la capitale émerveille le touriste pour son art de la fête, le demi-monde, lui, sait se jouer du Tout-Paris. Rien de tout cela n’aura échappé aux auteurs qui, en jouant sur l’inversion des rôles sociaux, décrivent non sans causticité, et parfois-même avec sévérité, la société parisienne des années 1860. Dans leur sillage, Valérie Lesort à la mise en scène, accompagnée par Éric Ruf à la scénographie, Vanessa Sannino aux costumes et la troupe de la Comédie-Française observent ce passé à l’aune du temps présent en jetant, à leur tour, un regard à la fois sympathique et critique sur la comédie humaine.

La Vie parisienne Théâtre du Châtelet © Thomas Amouroux

Notre avis (représentation du samedi 27 juin 2026 à 20h) : Valérie Lesort s'empare du chef-d’œuvre de Jacques Offenbach, Henri Meilhac et Ludovic Halévy pour en faire un spectacle jubilatoire... Elle pousse à fond la satire sociale en transformant les personnages masculins en cochons (tous obsédés par la gent féminine) et les femmes en volatiles qui s’agitent autour d’eux (ne parle-t-on pas de cocottes ou de grues ?).

Les sociétaires de la Comédie-Française excellent dans ce style de répertoire. Ils ont le sens du rythme et, sur les dialogues de Meilhac et Halevy (légèrement actualisés), font mouche à chaque fois. Pour ce qui est d'aborder la partition de Jacques Offenbach, déjà vue et entendue dans les propositions de spectacles musicaux au fil des saisons passées, ils savent aussi très bien chanter et s'en sortent magnifiquement– l’œuvre n'a pas été écrite à l'origine pour des chanteurs mais bien pour des comédiens sachant chanter.

Les fidèles complices de Valérie Lesort sont de la partie : Vanessa Sannino signe des costumes flamboyants avec une débauche de plumes et d’aigrettes pour les femmes et Carole Allemand a créé des prothèses qui, avec des groins, des grandes oreilles, des fesses rembourrées, des becs... accentuent le côté animal des personnages.

L’histoire est assez simple : Raoul de Gardefeu et Bobinet, deux anciens rivaux, s’allient pour duper un couple de touristes suédois, le baron et la baronne de Gondremark venus à la capitale pour découvrir la « vie parisienne » ! Ils les berneront en les baladant de la gare de l’Est au domicile de Gardefeu (qu’il fera passer pour une annexe du Grand Hôtel où ils sont censés descendre) et dans un « lieu à la mode », un café du boulevard des Italiens où, à l’aide de leurs domestiques, ils organisent une fausse soirée mondaine. Comme dans tout vaudeville, les quiproquos s’enchaînent et les mensonges servent l’intrigue pour notre plus grand plaisir.

Tou.te.s les comédien.ne.s méritent d’être cité.es. Elsa Lepoivre est une délicieuse Metella, Serge Bagdassarian un tonitruant Brésilien, Jérémy Lopez campe Frick le bottier avec bonhommie tandis que Marie Oppert nous ravit de sa voix magnifique en Gantière quand elle joue la veuve d’un colonel. Christian Hecq, en baron de Gondremark, est comme toujours irrésistible, accompagné de la Baronne jouée par un époustouflant Yoann Gasiorowski travesti. Benjamin Lavernhe (Raoul de Gardefeu) et Baptiste Chabauty (Bobinet) tirent avec maestria les ficelles de toute cette farce.

La troupe de la Comédie-Française est formidablement accompagnée par une dizaine de danseur.se.s et les seize membres de l’ensemble La Marquise. La direction musicale est assurée avec fougue par Alexandra Cravero qui dirigeait (le soir de notre venue) l’orchestre des Frivolités Parisiennes.

Quel bonheur d’assister à un tel condensé de bonne humeur ! Le public, qui ne s’y trompe pas, réserve à toute cette belle équipe une véritable ovation. Espérons qu’une reprise aura lieu dans les prochaines saisons pour que les nombreux spectateurs qui n’ont pas pu avoir de billet puissent assister à cette somptueuse production.

La Vie parisienne - Christian Hecq, Yoann Gasiorowski et Benjamin Lavernhe - © Thoams Amouroux

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