Company

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Bernard B. Jacobs Theatre – 242 W. 45th Street.
À partir du 9 décembre 2021.
Renseignements sur le site de Company.

Comédie musi­cale qui allait con­sid­érable­ment chang­er la teneur essen­tielle des œuvres de Broad­way lors de sa créa­tion en 1970, Com­pa­ny du regret­té Stephen Sond­heim vient de faire l’objet d’une reprise remar­quable qui bous­cule cer­tains des pon­cifs étab­lis et lui donne un réel regain d’intérêt.

Notre avis : À l’époque de la pre­mière de ce musi­cal, Sond­heim avait déjà fait ses preuves à plusieurs repris­es, mais était encore peu con­nu du grand pub­lic. Il avait pour­tant déjà écrit les paroles des chan­sons de trois comédies musi­cales impor­tantes (West Side Sto­ry en 1957, Gyp­sy en 1958 et Do I Hear a Waltz) et avait égale­ment créé la musique et les paroles de A Fun­ny Thing Hap­pened on the Way to the Forum (Le Forum en folie), un énorme suc­cès en 1962 couron­né de plusieurs Tony Awards. Mais pour les cri­tiques qui n’avaient même pas daigné recon­naître sa con­tri­bu­tion à cette dernière œuvre, il restait encore une énigme, un nom par­mi tant d’autres. Com­pa­ny allait chang­er tout cela.

Cette pièce mod­erne d’esprit, sur un livret de George Furth, met­tait en scène un céli­bataire endur­ci et ses cou­ples d’amis mar­iés désireux de le voir con­v­ol­er en justes noces. L’œuvre jetait un regard clin­ique sur une sit­u­a­tion très actuelle, les prob­lèmes exis­ten­tiels dans une grande métro­pole, en l’occurrence New York. Le héros de la pièce, Robert, avait du mal à accepter les recom­man­da­tions de ses amis, dont les mariages n’étaient pas tou­jours des plus exem­plaires ou heureux, et à envis­ager son exis­tence auprès d’une autre per­son­ne qui serait respon­s­able de lui et dont il se sen­ti­rait égale­ment responsable.

C’était en 1970. Cinquante ans plus tard, les inter­ro­ga­tions demeurent les mêmes, mais la société a évolué. En 2018, la pièce était présen­tée dans le West End avec un livret révisé par l’au­teur lui-même et la met­teure en scène Mar­i­anne Elliott afin d’ac­cueil­lir un cer­tain nom­bre de trans­for­ma­tions socié­tales. C’est cette pro­duc­tion, auréolée de qua­tre Lau­rence Olivi­er Awards, dont celui de meilleure reprise d’un musi­cal, qui a débar­qué à Broad­way cet hiver.

Le héros de la pièce est main­tenant une héroïne, Bob­bie, qui fête ses 35 ans. Pleine d’énergie, séduisante, avec un air gamin qui lui va à ravir, Kat­ri­na Lenk offre du per­son­nage prin­ci­pal une vision à l’opposé de celle de Dean Jones, qui tenait le rôle dans la ver­sion orig­i­nale. Ce n’est d’ailleurs pas là le seul intérêt de cette reprise. En hom­mage aux mou­ve­ments ont mil­ité toutes ces décen­nies – notam­ment la com­mu­nauté LGBTQI+ –, Amy, la jeune femme sur le point de se mari­er et dont les doutes et les angoiss­es se man­i­fes­taient dans un seul air, « Get­ting Mar­ried Today », est main­tenant dev­enue Jamie, un jeune homo­sex­uel qui doit épouser Paul, son parte­naire, mais qui exprime les mêmes affres à l’idée de le faire. Il n’en reste pas moins que cette chan­son de choix reste extrême­ment dif­fi­cile à inter­préter compte tenu de la rapid­ité avec laque­lle elle doit être exé­cutée ! Autre nou­veauté dans la redis­tri­b­u­tion des rôles qui n’aurait sans doute pas eu bonne presse lors de la créa­tion : les amis de Bob­bie comptent par­mi eux des cou­ples inter­ra­ci­aux – un témoignage du fait que de nom­breux change­ments sont sur­venus au sein de la société améri­caine (et à Broad­way) depuis.

Le tout est soigneuse­ment présen­té dans une mise en scène jeune et dynamique orchestrée par Mar­i­anne Elliott, rehaussée par des décors sim­ples mais effi­caces conçus par Neil Austin. Ceci n’empêche pas cette présen­ta­tion de n’être pas aus­si par­faite qu’elle aurait pu l’être. Lors de sa présen­ta­tion en 1970, ce qui avait frap­pé les cri­tiques et les spec­ta­teurs, c’était le par­ti pris tranché avec lequel Com­pa­ny avait affir­mé sa présence dans un monde musi­cal qui deve­nait un peu sclérosé. Sa vigueur, sa force d’expression, aus­si bien que son mes­sage con­tem­po­rain : tout indi­quait les débuts d’une ère nou­velle dans le monde théâ­tral. En dépit de ses aspects posi­tifs, cette reprise n’a pas le même souf­fle et traîne par­fois en longueur et en langueur. Ce manque de vivac­ité est mal­heureuse­ment au cen­tre de l’interprétation par Pat­ti LuPone du sec­ond per­son­nage prin­ci­pal, Joanne, cri­tique dés­abusée ; elle ne parvient pas à faire oubli­er Elaine Stritch, créa­trice du rôle, dans la chan­son clé, « The Ladies Who Lunch » – l’un des moments les plus mémorables de la pièce à sa créa­tion. Une valeur sûre dans les milieux théâ­traux à New York et vedette de plusieurs comédies musi­cales, déjà présente dans cette pro­duc­tion à Lon­dres en 2018 et pour­tant récom­pen­sée d’un Lau­rence Olivi­er Award, Ms. LuPone sem­ble ici avoir per­du son souf­fle et donne de la chan­son une inter­pré­ta­tion lan­guide et sans grand relief. À beau­coup d’égards, ceci n’est qu’un reflet de cette reprise qui aurait gag­né à être menée plus rondement.

Ceci dit, avant son décès en novem­bre dernier, Stephen Sond­heim avait assisté à une représen­ta­tion de cette reprise et, aux dires de son entourage, aurait beau­coup aimé ce que l’équipe créa­trice avait fait de son œuvre. Nul ne saurait se per­me­t­tre de mal juger ce qu’il avait tant apprécié…

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