Goujon Folichon, Cabaret de maison close (Critique)

0
136

Met­teuse en scène : Car­o­line Loeb
Chant : Julien Fan­thou
Accordéon : Gérald Elliott
Lumières : Anne Coudret
Com­pag­nie Le Ban­ket

Résumé : Au XIXème siè­cle, le Gou­jon Foli­chon était une auberge des bor­ds de Seine où le cha­land venait pêch­er, siester et se sus­ten­ter de fri­t­ures de gou­jons. Jean Lor­rain en était un client assidu, ain­si que San Anto­nio bien des années plus tard, à une époque où les serveuses y accueil­laient les clients à draps ouverts. La solide patronne en était mon arrière-grand-mère, Mémère Jea­nine. L’interprète lyrique pas­sion­né par les chemins de tra­verse que je suis a voulu lui ren­dre hom­mage par ces chan­sons peu­plées de mar­lous, filles de joie, filles per­dues, créa­tures noc­turnes, loufo­ques et inter­lopes.
Julien Fan­thou

Notre avis : Cette année, l’édi­tion 2018 du Fes­ti­val de Saint-Céré fait la part belle au pat­ri­moine musi­cal français pop­u­laire avec des spec­ta­cles explo­rant des péri­odes mar­quantes du XXe siè­cle. Au cabaret des poilus ! (14 août, Cahors, 15 aôut, Saint-Céré) se situe dans un hopi­tal mil­i­taire durant la Pre­mière Guerre Mon­di­ale. Guinguette Front Pop­u­laire (5 aôut, Saint-Céré, 10 août, Miers-Alvi­gnac) revis­ite les chan­sons des années 30. Quant à Gou­jon Foli­chon, il nous pro­pose une plongée dans l’u­nivers des maisons clos­es du début du siè­cle. Mis en scène par Car­o­line Loeb et inter­prété par Julien Fan­thou (chant) et Ell­liot Gérald (accordéon et divers instru­ments), ce Gou­jon, à mi-chemin entre le cabaret et le réc­i­tal, se plonge avec tru­cu­lence dans un réper­toire drôle, coquin, osé, tan­tôt à dou­ble sens, tan­tôt franche­ment frontal, alliant des incon­tourn­ables rétro (« Le Tan­go stupé­fi­ant ») à des titres plus con­tem­po­rains (« Cham­pagne » d’Higelin). Fan­thou, smok­ing mas­culin mais faux cils et barbe pail­letée, alpague le pub­lic, lui déclare « J’ai besoin de bais­ers » et com­mence le réc­it de sa Mémère Jea­nine qui aurait offi­cié au Gou­jon Foli­chon, célèbre bor­del de la région parisi­enne. Si l’on perd un peu le réc­it en cours de route, Fan­thou ne perd pas pour autant la force dra­ma­tique de ses per­son­nages, filles de joie et ten­an­cières, inter­pré­tant avec con­vic­tion des chan­sons de femmes à la pre­mière per­son­ne sans en mod­i­fi­er le texte… et c’est tant mieux. On prend du bon temps à Bouf­fé­mont, on s’adresse à « ces hommes qu’on n’en­cule pas », on tit­ille là où ça fait mal (si l’on peut dire) mais aus­si là où ça fait du bien. Si ce cabaret peut encore gag­n­er en nar­ra­tion, il ne manque cer­taine­ment pas d’air, ni de chien, ni de c… !