Kpop

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Circle in the Square Theatre – 235 W 50th St, New York.
Pour en savoir plus et réserver des places, cliquez sur le site du spectacle.

Nota bene : le spectacle se termine précocement le 11 décembre, après 17 représentations.

Il n’est pas sur­prenant que le phénomène mon­di­al qu’est devenu la K‑pop, le genre musi­cal sud-coréen, fasse son appari­tion à Broad­way, même sous une forme édul­corée. C’est chose faite avec le spec­ta­cle du même nom qui a don­né sa pre­mière le 27 novem­bre 2022.

Créée à l’origine en 2017 pour un théâtre périphérique Off-Broad­way, l’Ars Nova, la comédie musi­cale d’inspiration sud-coréenne avait été présen­tée sous la forme d’une vis­ite organ­isée dans plusieurs salles d’un immeu­ble de deux étages dans lesquelles de futures vedettes du genre décou­vraient les ficelles du méti­er et les tech­niques néces­saires pour arriv­er à une car­rière qui sera, on l’espère, rem­plie de suc­cès. Ce pre­mier essai avait reçu la con­sécra­tion suprême avec le Grand Prix Lucille Lor­tel de la meilleure comédie musi­cale de l’année.

Mais il aura fal­lu cinq ans pour que cette œuvre orig­i­nale effectue son trans­fert à Broad­way dans une ver­sion ré-imag­inée et sen­si­ble­ment mod­i­fiée qui lui a fait per­dre son orig­i­nal­ité. Dans le texte remanié par Jason Kim, auteur du livret, MwE, une jeune chanteuse qui va pass­er sous con­trat avec un label pop­u­laire, se voit con­trainte de choisir entre une exis­tence pais­i­ble auprès de Juny, le garçon dont elle est tombée amoureuse – et récipro­que­ment –, et une car­rière musi­cale avec Ruby, la patronne et pro­duc­trice du label, qui la mèn­era au som­met de la gloire.

Le cast de Kpop ©Matthew Mur­phy & Evan Zimmerman

Ce con­flit sen­ti­men­tal aus­si bien que matériel est exposé sans grande con­vic­tion dans des scènes qui ne présen­tent qua­si­ment aucun intérêt dra­ma­tique et qui sont inter­rompues pour les besoins de la cause, puisque KPOP est cen­sée être une comédie musi­cale. Les numéros chan­tés et dan­sés qui en découlent sont ani­mées grâce à deux groupes très dis­tincts : cinq filles con­nues sous le sobri­quet k‑pop RTMIS et dix garçons sous celui de F8. Ils ne se man­i­fes­tent pas ensem­ble mais séparé­ment, à l’exception du dernier numéro, « Blast Off », qui regroupe l’ensemble de la distribution.

Grâce à une choré­gra­phie per­cu­tante due à Jen­nifer Weber, dont on avait déjà van­té récem­ment les mérites pour son tra­vail dans & Juli­et, ces moments musi­caux domi­nent la soirée et provo­quent dans la salle des réac­tions sem­blables à celles que l’on serait en droit de trou­ver dans un con­cert de rock. Il faut dire que la pré­ci­sion des mou­ve­ments coor­don­nés et exé­cutés avec un ensem­ble par­fait con­stitue l’un des intérêts majeurs de ce spectacle.

L’ensemble est d’ailleurs traité métic­uleuse­ment avec l’apport d’une sono puis­sante, d’éclairages éblouis­sants, de pro­jec­tions vivantes et de cos­tumes évidem­ment conçus pour leur lumi­nosité et leur attrait. Pour ce qui est des autres chan­sons, com­posées par Helen Park et par Max Ver­non et util­isées dans le cadre de l’action, elles sont intéres­santes sur le moment, et notam­ment « Still I Love You » et « Bung Uh Ree Sae » (Oiseau muet), mais elles ne reti­en­nent pas l’attention dès que le défer­lement des moments k‑pop qui leur suc­cè­dent reprend le dessus.

Dans le rôle de MwE, l’actrice Luna, anci­enne mem­bre du groupe féminin k‑pop f(x), révèle son tal­ent en tant que chanteuse et ani­ma­trice du genre dans cer­tains morceaux choi­sis, dont « Wind up Doll » (Poupée remon­tée), « Up Du Ryuh » (Salut bas) et « Super Star », mais elle sem­ble plus à la peine dans le jeu. Il faut dire que son texte n’est guère pal­pi­tant. L’autre inter­prète de poids qui domine la dis­tri­b­u­tion est Jul­ly Lee dans le rôle de Ruby, qui tente de briller comme actrice, mais qui elle aus­si se trou­ve coincée par la pau­vreté du texte et par son manque d’énergie scénique.

Pour étof­fer l’action et lui don­ner un sem­blant de piment, Jason Kim a égale­ment imag­iné la présence d’un cinéaste en quête d’un doc­u­men­taire en puis­sance qui, avec son chef opéra­teur, inter­vient de temps en temps, on se demande bien pourquoi. C’est là l’un des autres points faibles de ce livret qui, glob­ale­ment, ne tient pas debout.

Mal­heureuse­ment, la mise en scène de Ted­dy Bergman, qui donne elle aus­si dans l’incohérence scénique, ne parvient pas à relever le niveau req­uis pour faire de cette pro­duc­tion un spec­ta­cle capa­ble d’attirer les foules, comme SIX et & Juli­et, pour ne citer que ces deux œuvres qui se jouent en ce moment à guichets fermés.

Ce qui sub­siste en défini­tive de ce mélange hybride, c’est la vision de ces danseurs, filles et garçons, qui se livrent à des bal­lets extra­or­di­naire­ment réglés, et pleins de mou­ve­ment et d’action. C’est sans doute ce qui main­tien­dra KPOP à l’af­fiche pen­dant au moins la durée de la sai­son de Broad­way et qui attir­era les jeunes généra­tions, plus à même de l’apprécier que les clients d’un autre âge qui lui préféreront un spec­ta­cle plus tra­di­tion­nel… ou plus calme.

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