42nd Street

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Théâtre du Châtelet - 2, rue Édouard-Colonne - 75001 Paris.

Du 21 novembre 2020 au 17 janvier 2021.

Le site du spectacle.

Cette pro­duc­tion de 42nd Street est la reprise de la créa­tion made in Châtelet mise en scène et choré­graphiée par Stephen Mear (2016), dont on a déjà pu appréci­er ici les choré­gra­phies de On the Town (2008) et de Sin­gin’ in the Rain (2015).

Alors que Broad­way a sou­vent servi d’inspiration à Hol­ly­wood pour des comédies musi­cales à grands effets, c’est un film – tout comme An Amer­i­can in Paris et Sin­gin’ in the Rain – qui est à l’origine du spec­ta­cle : en l’occurrence, le mythique 42nd Street de Lloyd Bacon (1933) avec les choré­gra­phies de Bus­by Berke­ley. Ce film relate les péripéties de la pré­pa­ra­tion d’une comédie musi­cale à tra­vers ses dif­férentes étapes : audi­tions, répéti­tions, pre­mière… le tout entre­coupé de scènes évo­quant les mésaven­tures des acteurs dans leur vie « réelle ».

Il fau­dra atten­dre 1980 pour que 42nd Street passe de l’écran à la scène. Gow­er Cham­pi­on met en scène et choré­gra­phie ce back­stage musi­cal (comédie des couliss­es) qui décrochera le prix du « meilleur musi­cal » et de la « meilleure choré­gra­phie » aux Tony Awards, et tien­dra l’affiche pen­dant neuf ans à Broad­way. La pro­duc­tion du Châtelet est par­tie en tournée à Chica­go.

Notre avis (Stéphane Ly-Cuong, novem­bre 2016) : Pour son dernier musi­cal avant une longue fer­me­ture pour travaux, le Théâtre du Châtelet frappe fort. En pro­posant 42nd Street – un musi­cal sur les couliss­es de la créa­tion… d’un musi­cal – Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet, ne fait pas un choix anodin : cette œuvre est une véri­ta­ble déc­la­ra­tion d’amour à Broad­way et à la comédie musi­cale, mais plus large­ment aux auteurs, aux artistes, aux tech­ni­ciens, aux musi­ciens, à toutes les per­son­nes, dans l’ombre ou la lumière, qui per­me­t­tent à un spec­ta­cle d’exister et de faire rêver des spec­ta­teurs. Basé sur le film éponyme de 1933, 42nd Street dont l’action se situe durant la Grande Dépres­sion, fut créé à Broad­way en 1980 et était à l’époque un des rares musi­cals à être adap­té d’une œuvre ciné­matographique. Jouant ouverte­ment la carte de la nos­tal­gie, mis­ant sur des numéros de cla­que­ttes à foi­son, 42nd Street fut un tri­om­phe et tint l’affiche pen­dant près de neuf ans.
On sait que M. Choplin ne lésine jamais sur les moyens. Le Châtelet était ces dernières années une des rares maisons où l’on pou­vait encore enten­dre des œuvres du réper­toire jouées par des orchestres sym­phoniques (tan­dis qu’à Broad­way, le nom­bre de musi­ciens se réduit comme une peau de cha­grin). Cette dernière pro­duc­tion n’échappe pas à la règle : un superbe orchestre (sous la baguette d’un des plus pres­tigieux directeurs musi­caux du West End, Gareth Valen­tine), un ver­tige de cos­tumes somptueux, un nom­bre con­séquent d’interprètes sur scène (46), tout est fait pour que l’on en prenne plein les yeux et les oreilles. Pour­tant, les yeux et les oreilles ne sont pas les pre­miers à être emportés. Dès l’ouverture par­tielle – et mythique – du rideau, c’est défini­tive­ment le cœur qui est sat­is­fait. De la danse, du chant, de l’énergie, de la sincérité, de la fraîcheur, de la pré­ci­sion, de la beauté : dès la pre­mière minute, le spec­ta­cle par­le directe­ment aux amoureux de la comédie musi­cale. Tous les ingré­di­ents qui font que l’on aime ce genre sont réu­nis, avec maes­tria.
Et la suite ne déçoit pas, dans les mag­nifiques mise en scène et choré­gra­phie de Stephen Mear (choré­graphe, entre autres, de Mary Pop­pins, ou de Sin­gin’ in the Rain au Châtelet), la tal­entueuse troupe enchante, et par­ti­c­ulière­ment dans les épous­tou­flants numéros de cla­que­ttes. Mais si les tableaux d’ensemble sont inou­bli­ables, les rôles prin­ci­paux offrent égale­ment de bril­lantes per­for­mances. Alexan­der Han­son (A Lit­tle Night Music, Stephen Ward) joue un met­teur en scène charis­ma­tique, avec une présence indé­ni­able. Ria Jones (qui reçut beau­coup d’éloges récem­ment en tant que stand-by de Glenn Close dans Sun­set Boule­vard) incar­ne une diva over-the-top et touchante à la fois. Dan Bur­ton, vu au Châtelet dans Sin­gin’ in the Rain dans le rôle de Don Lock­wood, et plus récem­ment en Tul­sa dans le Gyp­sy avec Imel­da Staunton, fascine tant par ses qual­ités de danseur que par sa voix. Enfin, dans le rôle de la jeune incon­nue qui devient une star : une incon­nue qui devien­dra peut-être une star, du moins, elle en a tous les atouts. Monique Young, véri­ta­ble triple threat, joue, chante et danse à mer­veille.
Coup de maître, donc, pour ce dernier spec­ta­cle de l’ère Choplin. Et mal­gré son livret basique, 42nd Street, sous ses allures de old-fash­ioned-feel-good-musi­cal, inter­roge gen­ti­ment sur les rap­ports entre l’artiste et le pub­lic. Si par­fois on a l’impression aujourd’hui, de tra­vers­er nous-mêmes une grande dépres­sion, 42nd Street est là pour nous rap­pel­er et nous prou­ver que l’art sait défini­tive­ment met­tre du baume aux cœurs.

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