Joyland

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Film pakistanais. Durée : 2h06.
Sortie française le 28 décembre 2022.

À Lahore, Haider et son épouse cohab­itent avec la famille de son frère au grand com­plet. Dans cette mai­son où cha­cun vit sous le regard des autres, Haider est prié de trou­ver un emploi et de devenir père. Le jour où il déniche un petit boulot dans un cabaret, il tombe sous le charme de Biba, danseuse sen­suelle et mag­né­tique. Alors que des sen­ti­ments nais­sent, Haider se retrou­ve écartelé entre les injonc­tions qui pèsent sur lui et l’irrésistible appel de la liberté.

Notre avis : Si ce film n’est pas une comédie musi­cale – même si de nom­breuses séquences dans le cabaret où évolue Biba le ponctuent –, il faut absol­u­ment voir ce pre­mier long-métrage ten­dre, drôle et qui fait preuve d’une grande sen­si­bil­ité, sélec­tion­né à Cannes dans la caté­gorie Un Cer­tain Regard. Il en rem­por­ta d’ailleurs le prix du jury et, en prime, la Queer Palm.

Pourquoi tant d’enthousiasme ? Tout sim­ple­ment parce que Saim Sadiq parvient à créer une alchimie incroy­able avec cette his­toire d’émancipation et de lutte pour la lib­erté en nous faisant pénétr­er dans la vie d’une famille régie par un patri­ar­cat rig­oriste que l’on ressent comme véridique – ce qui est le cas puisque le réal­isa­teur con­fie s’être appuyé sur des sou­venirs per­son­nels. L’un des nom­breux tal­ents du réal­isa­teur con­siste à provo­quer une empathie avec cha­cun des per­son­nages de ce film qui, s’il se con­cen­tre sur la rela­tion entre Haiden et Biba, n’en oublie aucun des autres pro­tag­o­nistes. La séquence d’ouverture boule­verse par sa sim­plic­ité et en quelques min­utes, plus ques­tion de se dés­in­téress­er du sort de Haiden, cet homme mar­ié qui s’occupe comme nul autre de ses neveux et nièces et qui va, comme l’indique le résumé, devoir trou­ver du travail.

En choi­sis­sant en Biba une femme trans­genre qui provoque un véri­ta­ble séisme, l’auteur met en avant une com­mu­nauté qui, même si elle reste per­sé­cutée, est vis­i­ble au Pak­istan depuis des siè­cles. Avant le trans­gen­risme, les eunuques avaient toute leur place. La coloni­sa­tion bri­tan­nique en a décidé autrement, en ten­tant de les anéan­tir. Biba fait preuve d’un très fort tem­péra­ment, ce qui lui per­met d’échapper le plus sou­vent aux brimades ou vio­lences dans ce pays con­ser­va­teur qui a, pour entr­er dans la con­tra­dic­tion, recon­nu légale­ment le « 3e sexe »… Elle râle car, dans le cabaret, on ne lui offre qu’un numéro durant l’entracte, elle mène à la baguette ses danseurs et s’occupera plus par­ti­c­ulière­ment de Haiden qui, engagé grâce à son cousin, ne brille pas vrai­ment par son aisance sur scène.

Les rela­tions entre les per­son­nages, les sit­u­a­tions tan­tôt loufo­ques – comme on peut le voir sur cette image où Haiden trans­porte sur sa mobylette le por­trait de Biba plus grand que nature –, tan­tôt poignantes, se mari­ent avec bon­heur. La mise en scène, flu­ide et sans effet de manche, suit au plus près les actri­ces et acteurs, tous absol­u­ment remar­quables. Même si le film n’élude pas les dif­fi­cultés et sac­ri­fices inhérents à la lib­erté que les per­son­nages souhait­ent acquérir, rien n’est jamais présen­té de manière gra­tu­ite ou sim­pliste. Voilà qui inau­gure une belle car­rière pour ce jeune réal­isa­teur à qui l’on souhaite le meilleur, et pourquoi pas rem­porter l’Oscar du meilleur film étranger puisque Joy­land y est en lice comme l’indique cet extrait d’ar­ti­cle du Hol­ly­wood reporter ? La liste défini­tive pour cette 95ème céré­monie sera con­nue le 24 jan­vi­er. Notons que c’est la pre­mière fois qu’un film pak­istanais y est sélec­tion­né… Go, Joy­land, go !

Retrou­vez ici un lien vers une inter­view (en anglais) pour Vogue d’Ali­cia khan.

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