Ezzahr, the greatest showman…

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Il vient tout juste d’avoir trente ans. Head singer au Paradis latin, le ténor incarnera Bernardo dans West Side Story, fin mars à Orléans. Son parcours, son expérience dans le West End, ses choix de carrière : rencontre avec un artiste qui a le show dans ses veines.   

Pou­vez-vous nous rap­pel­er votre par­cours ?
Orig­i­naire du Vau­cluse, j’ai com­mencé à danser et chanter à l’âge de 8 ans. Ado­les­cent, j’ai inté­gré le con­ser­va­toire de Nice, en musique actuelle et danse con­tem­po­raine-bal­let et un an après, le Glam­our Dance Stu­dio, une école de comédie musi­cale à Cannes (aujourd’hui la Dia­mond School). Après mon bac, j’ai décidé de mon­ter à Paris. Je suis resté quelques mois chez Rick Odums, mais n’ayant pas les moyens de pay­er l’école, j’ai rejoint l’AID (Académie inter­na­tionale de la danse), où l’on m’a pro­posé un con­trat d’apprenti et mes pre­miers spec­ta­cles. J’ai ensuite eu la chance de par­tir pour New York pour un Sum­mer inten­sive à l’école de danse Alvin Ailey.
Cher­chant une école pour per­fec­tion­ner les autres dis­ci­plines, chant, jeu, instru­ments… et avoir une for­ma­tion com­plète, la direc­trice m’a con­seil­lé URDANG Acad­e­my à Lon­dres. Il ne restait qu’une seule date d’audition ! Impos­si­ble d’envoyer mon dossier de can­di­da­ture par cour­ri­er, il serait arrivé trop tard. J’ai donc pris le bus de nuit pour le porter moi-même sur place. Je n’avais jamais mis les pieds à Lon­dres ! Cette école m’a tout appris : la dis­ci­pline, la tech­nique, la per­for­mance, et bien évidem­ment l’anglais. J’enchaînais cours intens­es et petits boulots pour pay­er la sco­lar­ité. Après un an et demi, ne par­venant plus à assur­er tout en même temps, j’ai dû arrêter et ren­tr­er en France.

Vous n’avez pas tardé à mon­ter sur scène…
Oui, dès 2014, j’ai été engagé sur Spring Fever puis Frozen à Dis­ney, avant Ohlala aux Folies Bergère, mon pre­mier vrai show à Paris puis A Cuba Libre, de Romain Rach­line et Raphaël Sanchez. Entre-temps, j’avais dan­sé pour les NRJ music Awards, Le Grand Bal masqué de Kamel Ouali, même le jeu vidéo Just Dance. 

Et enfin, les Comédies Musicales ?
À 17 ans déjà, j’avais été repéré par Bruno Berberès pour inté­gr­er 1789, les amants de la Bastille. Ce fut mon pre­mier cast­ing et la décou­verte de ce monde. Quelques années plus tard, j’étais engagé sur Grease à Mogador. Les musiques, l’ambiance, la troupe, c’est bête à dire, mais c’était un rêve de gosse qui se réal­i­sait. J’étais pre­mière dou­blure de Roger et ai eu la chance de beau­coup tenir le rôle. Deux ans plus tard, tou­jours à Mogador, j’ai rejoint la troupe de Ghost. J’ai adoré ce spec­ta­cle. J’étais, cette fois, dou­blure de Carl Bruner, un des rôles prin­ci­paux dont la part de jeu est impor­tante. C’était très sub­til à inter­préter. À mes yeux, ce per­son­nage n’était pas fon­da­men­tale­ment mau­vais, plutôt quelqu’un de totale­ment per­du, de frus­tré, qui s’enferme pro­gres­sive­ment dans une méchanceté, plus par panique qu’autre chose. Il fal­lait faire preuve d’équilibre dans l’interprétation pour être au plus proche de son état d’esprit. Ce fut extra à jouer même si c’était assez par­ti­c­uli­er de n’être Bruner que toutes les trois semaines…

Entre-temps vous avez rejoint le West End…
Le jour de la pre­mière de Grease, Alex­is Loizon m’avait offert une pho­to d’Aladdin en m’écrivant « Ton prochain rôle » ! C’était un clin d’œil ; com­ment pou­vais-je imag­in­er que c’était pré­moni­toire ? Quelques semaines plus tard, les équipes de Cameron Mack­in­tosh ont en effet annon­cé pour la pre­mière fois un open call, une audi­tion ouverte, à Lon­dres pour Dis­ney’s Aladdin: The New Stage Musi­cal. Sans agent – oblig­a­toire pour pass­er un cast­ing dans le West End – cet open call était pour moi une oppor­tu­nité. Je savais que le niveau était très élevé, que je ne serais pas le seul métis à pos­tuler, mais n’ayant rien à per­dre, j’ai filé seul à Lon­dres. Six heures de file d’attente dans la rue par­mi des cen­taines de can­di­dats… Pris par Grease, je n’ai pas pu retourn­er au call­back et aux étapes suiv­antes. Mal­gré ces absences, la pro­duc­tion anglaise a insisté pour me voir pour la finale… Et j’ai décroché la place ! J’en ai pleuré de joie. Depuis des mois, ils avaient vu des mil­liers de can­di­dats et je fai­sais par­tie des trois garçons recher­chés ! J’ai arrêté Grease et 48 heures plus tard, je com­mençais les répéti­tions d’Aladdin au Prince Edward Theatre !

Que retenez-vous de cette expérience ? 
Il y a d’abord Lon­dres que je retrou­vais et que je con­nais­sais beau­coup mieux. Je retrou­vais aus­si mes amis étu­di­ants, mes com­pagnons des « années de galère ». Et puis il y a le show. Dif­fi­cile, mais un bon­heur total ! Durant qua­torze mois, j’ai été danseur ensem­ble, seul Français de la troupe. J’ai tou­jours en tête le tableau d’ouverture – grandiose. Il y en avait dans tous les sens, ça en jetait. Et bien évidem­ment, l’incroyable « Friend Like Me » dans la cav­erne, avec cla­que­ttes, bal­lets et med­ley Dis­ney autour de l’Américain Trevor Dion Nicholas qui jouait le génie. Enfin, il y a la pro­duc­tion. Les équipes Dis­ney sont ultra-pro­fes­sion­nelles et extrême­ment bien organ­isées. Elles sont énor­mé­ment à l’écoute ; aux petits soins pour les artistes, ce qui est vrai­ment agréable. Un kiné est par exem­ple présent en per­ma­nence, à la dis­po­si­tion de tous. En France, Stage fonc­tionne de manière assez proche.
J’ajoute que j’ai trou­vé à Lon­dres un rythme qui me cor­re­spondait. Je suis quelqu’un d’assez hyper­ac­t­if. Je voy­ais des shows, je répé­tais, et je m’entraînais beau­coup, comme les artistes qui pre­naient des cours non-stop, tou­jours dans un per­pétuel souci d’amélioration. C’est une cadence très fati­gante, mais qui per­met de rester tou­jours dans la dynamique ! Je n’oublie pas, pour finir, les ren­con­tres et soirées inter-shows avec les autres casts du West End. Notam­ment les équipes du Roi lion.

Vous auriez d’ailleurs dû faire par­tie de la troupe française du Roi lion à Mogador…
En effet, j’avais été pris en tant que dou­blure de Sim­ba… Pour­tant, je n’ai pas accep­té. Je suis con­scient que cela peut sem­bler étrange. Ce n’est pas de l’ego mal placé, mais plutôt une ques­tion de car­rière. Après le West End, j’avais l’impression que c’était un petit peu comme une régres­sion artis­tique. J’aurais été frus­tré, mal à l’aise, de ne jouer Sim­ba qu’une fois de temps en temps, et d’être le reste du temps danseur ensem­ble. J’aurais atten­du et je ne me serais pas épanoui artis­tique­ment sur ce spec­ta­cle… Quand Rabah Aliouane m’a annon­cé que j’étais choisi pour être la dou­blure de Sim­ba, il a sen­ti la décep­tion dans ma voix… Je ne regrette pas ma déci­sion, car j’ai rebon­di à peine quelques jours plus tard…

C’est-à-dire ?
Lors d’un évent à Bucarest, on m’a démarché : Le Lío Ibiza cher­chait un chanteur. Je le con­nais­sais de répu­ta­tion, mais je n’avais pas com­pris l’ampleur de la pro­duc­tion et du show. Le Lío est l’un des plus grands cabarets du monde, implan­té à Mia­mi, à Las Vegas, à Lon­dres… Un énorme show avec seize danseurs, des acro­bates, des artistes du Cirque du Soleil, des per­for­mances musi­cales et une con­stante inter­ac­tion avec le pub­lic. Ce n’est pas un cabaret, c’est une expéri­ence. Je suis devenu leader du show.
Musi­cale­ment, c’est totale­ment mon univers : de la pop, du rock, du funk et du rythme. Non seule­ment les titres cor­re­spon­dent à mes goûts et ont été réar­rangés pour moi, mais en plus, il y a un côté show­man totale­ment assumé. Je ne joue plus un rôle, je suis moi-même. Je me fais plaisir avec tout ce que j’aime : chanter des chan­sons à voix, m’éclater sur scène, et surtout faire le show, … Cos­tumes, lights, son, per­for­mances vocales, ambiance, tout cor­re­spond à ma per­son­nal­ité… Cet été, j’entamerai ma troisième sai­son au Lío.

Vous serez bien­tôt sur scène avec West Side Sto­ry, pourquoi avoir rejoint ce spectacle ?
Il y a qua­tre musi­cals que j’ai tou­jours voulu faire : Grease, Aladdin, Dirty Danc­ing et West Side Sto­ry ! Lorsque l’été dernier, Johan Nus m’a appelé, il était impos­si­ble de refuser. C’est une œuvre for­mi­da­ble, bien que dif­fi­cile : la danse est par­ti­c­ulière­ment tech­nique, très car­dio. Tout est assez pré­cis. Johan m’a dit : « Je sais que tu chantes, je sais que tu dans­es, mon­tre-moi ton jeu ! mon­tre-moi Bernardo ! »

Juste­ment, com­ment voyez-vous Bernardo ?
Nous sommes très proches. C’est un per­son­nage à la fois fort et fier, ten­dre et pro­tecteur. Il est fier de ses racines et de ses valeurs lati­no qu’il défend en Amérique, et il est par­ti­c­ulière­ment pro­tecteur avec sa sœur Maria. Je dirais qu’il en a presque un peu peur. Avec Ani­ta, c’est un amour plein de ten­sion, il y a un rap­port de force. Pour moi, la seule part de ten­dresse qu’il peut avoir, c’est envers sa sœur. Je viens d’une famille ou l’on est très soudé, très pro­tecteur. Sur ce plan là, avec Bernar­do, on se ressemble !

Vous êtes égale­ment chanteur au Par­adis latin…
Le seul cabaret en France où il y a un homme leader, c’est le Par­adis latin. Un endroit mythique. Comme au Lío, le Par­adis est un vrai show. Intense. Je n’y suis pas sim­ple chanteur, j’ai un rôle, avec une his­toire, je com­mence d’ailleurs au milieu de la salle, par­mi les serveurs. Je m’éclate sur des titres comme « Nev­er Enough », « Nev­er Can Say Good­bye », « Proud Mary », « Danc­ing Queen ». Ils me voulaient comme danseur, ils m’ont gardé comme head singer. Quelle reconnaissance !

Vous con­tin­uerez la comédie musicale ?
Bien sûr ! Cela dépend lesquelles. J’adorerais jouer dans Hamil­ton, Moulin Rouge!, We Will Rock You… J’avais adoré & Juli­et au West End, je me vois bien aus­si en Jim­my dans Dream­girls. Je ne suis pas très clas­sique ! Au milieu de tout cela, j’ai aus­si un groupe avec qui je fais des con­certs : Ezzhar and the Shade of Souls. J’écris et je com­pose. Mais par-dessus tout, je crois que j’ai besoin du show pour m’épanouir.
Je dois beau­coup à ma mère. Elle ne m’a jamais dit « regarde, untel est meilleur que toi », elle ne m’a jamais rabais­sé. Elle m’a don­né cette force de ne pas me com­par­er, de ne pas jalouser les autres. D’être moi-même. J’ai telle­ment bossé pour y arriv­er, main­tenant, je fais ce que j’aime. Avec pas­sion. Show must go on !

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